Littérature française·Mes indispensables

Adieu Gary Cooper – Romain Gary

J’ai attendu avant de me plonger dans ce Gary. Je l’avais là tout prêt à être dévoré, mais il fallait que ce soit le bon moment, en effet, lire Gary est toujours un rendez- vous à ne pas manquer. Et  je n’ai jamais été déçue. Et là encore j’ai été complètement charmée par l’écriture de Gary, qui est pour moi le plus grand.

L’auteur

On ne présente plus Romain Gary. J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de lui.

Adieu Gary Cooper fait partie de la comédie américaine avec Les mangeurs d’étoiles et j’y ai retrouvé le même ton et  le même humour tendre et amer. C’est pour moi Romain Gary à son meilleur.

Ce que le livre raconte

Romain Gary dresse ici le portrait de la jeunesse des années 60. On y croise Lenny, un « ski bum » ou clochard des neiges (Ski bum est d’ailleurs le titre original de ce roman tout d’abord écrit en anglais par Gary). Un « ski bum », c’est un gars qui se quitte pas ses skis et qui erre de stations en stations, sans projet.

Lenny est jeune, américain, il a fui son pays pour ne pas faire la guerre du Vietnam et il se balade avec une photo de Gary Cooper dans la poche, car c’est son héros. Et sa hantise, c’est Madagascar (le symbole de tous les malheurs). On le suit dans les stations suisse avec ses skis à la main, à travers ses rencontres (des personnalités plus ou moins farfelues, mais toutes en rupture avec la société), à travers ses errances et sa peur bleue de l’engagement.

En parallèle, on suit les traces de Jess, la fille du consul américain à Génève, un autre milieu, un autre style. Elle est entourée d’une bande de bourgeois révolutionnaires.

Quand les deux, Lenny et Jess vont se rencontrer et tomber fous amoureux, tout leur monde va voler en éclats.

Ce que j’en ai pensé

Ce n’est pas tant l’histoire qui est importante à mon sens ici. L’histoire est un simple prétexte pour nous dresser le portrait d’une génération, et quel portrait. C’est une génération désabusée, en rupture avec le passé, mais qui ne sait comment regarder l’avenir.

Ce qui est aussi le plus remarquable ici c’est la langue de Gary, c’est sa capacité à créer une langue absolument magnifique, pleine d’un humour ravageur. Quel style, quelle liberté de ton, quelle intelligence. Il y a toujours ce second degré sous jacent. J’ai passé mon temps à sourire, à être en admiration devant la beauté de sa langue et à corner des pages et des pages.

Extraits

C’est fini, Gary Cooper. Fini pour toujours. Fini, l’américain tranquille, sûr de lui et de son droit, qui est contre les méchants, toujours pour la bonne cause, et qui fait triompher la justice et gagne toujours à la fin. Adieu l’Amérique des certitudes. Maintenant c’est le Viet-nam, les universités qui explosent, les ghettos noirs. Ciao Gary Cooper.

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Bug , sans le savoir, leur avait ramené un hippy, et s’il y avait une chose que les clochetons, les vrais de vrai, avaient en horreur, c’était les hippies qui étaient tous des fascistes, enfin, des types qui voulaient sauver le monde, bâtir une nouvelle société, chiasse de merde.

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L’Amérique, c’est un pays qu’on connaît sans y aller, parce que c’est entièrement exportable, on trouve cela dans tous les magasins.

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Un cœur brisé, un lac, les mouettes : on ne fait pas mieux, comme mauvaise littérature. D’ailleurs, depuis Tchekhov, les mouettes étaient devenues des clichés tellement éculés qu’on s’étonne qu’elles puissent encore voler.

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Non, il y a tout de même un gars qui a réussi. Charlie Parker. Un jour, il s’est dit, je vais bâtir un monde différent, et il a pris sa trompette et il s’est mis à jouer.

 

Ce livre terminé, j’ai envie de retrouver l’écriture et l’univers si riche de Gary. Je ne sais quel sera le prochain… Peut être Chien Blanc.

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26 réflexions au sujet de « Adieu Gary Cooper – Romain Gary »

  1. j’aime bien Romain Gary…je ne dis plus je vais peut être me laisser tenter…nannn, le peut être est en trop !!!!!….pfeuuuu…Je viens de finir le front russe…Etonnant, surprenant, drôle mais désespérant… Quand au Fred Vargas, fan depuis toujours…je l’ai lu elle est parfaite…
    j’attaque, on dirait presque que c’est physique…donc patrick Bauwen..Seul à savoir…polar j’en ai entendu parler sur tsf jazz…Bon on verra..
    Rhooo je suis bavarde aujourd’hui…Allez bonne journée……:))

    1. Un bon début de semaine ! Le front russe, j’en entends du très négatif aussi…. il faut que je le lise pour le 8 décembre, on verra.
      Le Fred Vargas je l’ai laissé de côté, je vais m’y remettre.
      Bonne journée !

  2. Etonnement, ce livre est peut-être celui qui me tentait le moins de Gary mais ton billet ranime mon intérêt. Je ne savais même pas que ce livre se passait en partie en Suisse. Il faut que je regarde ça de plus près. A part ça, j’ai trouvé ce weekend un folio 2euros de Gary « Les trésors de la Mer rouge » et je suis incapable de savoir si c’est un extrait d’un livre ou un récit à lui tout seul. Tu connais?

  3. Tu m’as une fois de plus convaincue de lire ce livre! J’adore le style de Gary moi aussi!

    Je te recommande Chien blanc, je l’ai lu il y a deux ans. Je l’ai fait lire autour de moi en club de lecture et beaucoup ont découvert Gary grâce à ce livre.

    Génial de recevoir tes billets sur ma boite mail… comme ça je n’en rate plus aucun!

    XXX

  4. Comme Violette, je cache ma honte car je n’ai rien lu de Garyn je connais qu’Ajar et La Vie Devant soi. Shame on me ! La j’avoue que les extraits me donnent faim, il va falloir que je trouve des occases si je veux me mettre a jour ! Et bravo encore pour la photo magnifique de Minouche !

  5. Pardon Min…euh Oscar ! C’est le prénom de mon poisson rouge ! Je l’ai acheté au moment du Festival de Cannes…En tout cas il a un cote cabot qui sied bien a sa pose !

  6. Merci pour ces résumés bien faits , Adieu gary Cooper est un des romans de Romain Gary que je n’ai pas lu. je suis heureuse de voir que sur ce blog , les gens l’apprécient (et lisent aussi) car j’étais triste de découvrir que beaucoup de gens ne connaissent pas cet auteur dont la langue est si riche et qui dans la vie devant soi a crée un livre non seulement émouvant mais dans une langue sublime et drôle en jouant des doubles sens des expressions françaises.J’ai beaucoup aimé aussi les mangeurs d’étoile et les clowns lyriques.

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