La servante écarlate – Margaret Atwood

Voici un livre culte que je voulais lire depuis longtemps, mais qui me faisait un peu peur. Aujourd’hui il m’est difficile de trouver les mots pour rendre honneur à ce livre.

Parce que c’est un texte éminement puissant, complexe, riche et porteur de sens. 

Parce qu’il est à mon sens essentiel.

Dans ce livre, première dystopie de l’auteur, écrit en 1987, l’auteur canadienne Margaret Atwood, dénonce les régimes totalitaires mais elle nous parle surtout des Femmes et en fait un véritable manifeste féministe. 

Elle nous dépeint un monde futuriste (dans les années 2000) où la religion a pris le pouvoir  - La république chrétienne fasciste de Gilead –  et où les femmes, privées de leur liberté, ne sont plus bonnes qu’à faire le ménage ou à enfanter les femmes des commandants devenues stériles à cause de la pollution.

La narratrice de ce livre s’appelle Defred (car Fred est le nom de son commandant), le livre est une sorte de confession ou journal intime de cette vie d’esclave où elle sert d’utérus à son commandant. Elle nous raconte son quotidien et elle nous livre la souvenirs de sa vie d’antan, de femme libre, mère d’une petite fille. A travers ses souvenirs, elle nous raconte surtout comment en très peu de temps, le monde a basculé.

Les femmes n’ont plus le droit d’être libres, elles ne peuvent plus travailler, elles n’ont mêmes plus le droit de lire ni même de se parler, quand certaines sont déportées dans des colonies pour traiter les déchets nucléaires…. Les coupables de crime (insurrection, adultère..) sont pendus sur un mur (celui de l’ex université d’Harvard).

Dans ce livre remarquablement maîtrisé jusqu’au bout, où tout est symbole et allégorie, et où les références pullulent (j’ai beaucoup pensé à La lettre écarlate de Hawthorne) l’auteur nous montre un monde cauchemardesque où tout ce qui est décrit semble plausible, parce que les atteintes faites aux femmes sont déjà arrivées (dans nos sociétés anciennes et toujours aujourd’hui dans de nombreux pays), et parce que ce qui se passe semble tout à fait plausible dans notre monde d’aujourd’hui (la pollution responsable de la stérilité, l’état policier, le retour au puritanisme et aux valeurs ultra-traditionnalistes, la justification de lois ignobles prises au nom de la crise économique ou de quelque autre très mauvaise raison… j’en passe et des meilleures).

Pour toutes ces raisons, ce livre fait terriblement froid dans le dos car la menace ne semble pas si éloignée.

C’est un livre qui se lit la peur et le dégoût au ventre car certaines scènes décrites avec force détails sont terribles quand d’autres juste suggérées sont d’autant plus évocatrices et ignobles.

Si ce livre rappelle indéniablement 1984 de Orwell, son originalité est de donner pour une fois la place aux femmes. Ce livre est un appel à la résistance des femmes. S’il pouvait servir de mémoire à toutes les femmes d’aujourd’hui qui ont oublié que si elles sont libres aujourd’hui, c’est  parce que d’autres se sont battues avant elles pour elles et qu’il faut rester vigilant, toujours.

J’essaie de ne pas trop penser. Maintenant, comme les autres choses, la pensée doit être rationnée. Il y a beaucoup de choses auxquelles il vaut mieux ne pas penser. Penser peut compromettre vos chances, et j’ai l’intention de durer.

Vous l’avez compris Margaret Atwood est un grand auteur !

◘◘◘◘◘

Ce livre était la lecture commune du club des lectrices, nous en parlerons dimanche 

L’art se rue

12 figures émergentes du street art parisien

Un grand merci à babélio et aux éditions h’Artpon pour l’envoi de ce livre.

Ce livre dresse le portrait de 12 artistes ou collectif d’artistes en laissant la part belle à l’image, incluant une mini bio et plusieurs de leurs travaux.

Une introduction qui fait le point sur le street art et son histoire, écrite par l’auteur, Karen Brunel-Lafargue. Elle est chercheuse, rattachée au Centre de Recherches Images, Culture et Cognitions de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste en Esthétique, art et culture et en Design graphique.

Les artistes présentés dans ce livre sont : Titi from Paris, Rero, Ludo, Ella & Pitr, JanaundJS, Sixo, Thom Thom, YZ et le collectif WAYLA (Sohei, Wouane, Skripte, ATM).

Je dois dire que j’ai d’ailleurs adoré le travail de Rero autour du droit d’auteur  (tous les textes du livre qui lui sont consacrés sont d’ailleurs rayés comme le fait l’artiste), allez voir son site; ainsi que le travail du collectif Wayla et la poésie de YZ.

Tout est beau dans ce livre tiré à 700 exemplaires !

Allez voir sur le site de l’éditeur pour découvrir plusieurs pages. Voilà un éditeur indépendant que je découvre avec grand plaisir !

Reste plus qu’à aller arpenter Paris pour découvrir ces oeuvres et artistes que je découvre pour la première fois pour la plupart !

Tokyo Sanpo – Florent Chavouet

Depuis que je l’avais repéré sur un blog, j’étais tombée sous le charme de cet album. Au final, sa lecture ne m’a pas déçue, bien au contraire, j’ai TOUT aimé dans ce livre. Ce si joli livre me donne l’occasion de participer de nouveau au mercredi BD de Mango.

L’auteur nous dessine aux crayons de couleur avec un trait fin, précis et subtil sa vision de Tokyo et des quartiers où il a trainé pendant son séjour de 6 mois là-bas en 2006.

Véritable carnet de voyage illustré, Florent Chavouet nous donne à voir une vision de Tokyo très loin de l’image un peu clichée qu’on imagine, bien plus humaine et surtout très colorée. Il a dessiné quartier par quartier, les maisons, les gens, les étiquettes des fruits, son quotidien…

Le résultat est magique. Moi ça m’a encore plus donnée envie d’aller découvrir ce pays et cette ville ! Il a depuis sorti une suite Manabé Shima, à découvrir aussi donc !

Le plus simple est de vous montrer quelques pages.

 

Le site de Florent Chavouet, et son blog.

Retrouvez les BDs du mercredi chez Mango

Les ombres du Yali – Suat Derwish

Voilà un heureux hasard !

On m’a donné ce livre totalement inconnu d’une auteur turque inconnue également, parce qu’il était donné gratuitement pour tout achat de livres Libretto. Je ne saurai dire pourquoi il m’a attirée, je l’avais en tout cas dans mon sac… et je l’ai commencé.

De l’auteur, le livre nous apprend qu’elle est née en Turquie en 1905, qu’elle a été journaliste et qu’elle a vécu en France, elle a d’ailleurs écrit certains de ses textes en français, celui-ci en fait partie. Il a été écrit en 1958. L’auteur est décédée en 1972.

Ce livre court, d’une centaine de pages, nous entraine en Turquie, sur les rives du Bosphore, dans les années 50 dans le sillage d’une femme, Célilé, qui quitte son mari après 11 ans de mariage pour s’installer avec son amant. On découvre tout d’abord cette femme à travers les yeux de son mari trahi, on découvre ensuite le passé de Célilé qui a grandi seule avec sa grand-mère dans un Yali vidé de ses richesses; et enfin, on la voit à travers les yeux de son amant et face à son avenir.

En interrogeant l’enfance de Célilé, l’auteur nous raconte un morceau de l’histoire Turque, en évoquant ces Yalis, maisons en bois construites au bord de l’eau, symboles de l’ancienne puissance de l’empire ottoman.

Ce livre plein de charme et de nostalgie est également très moderne dans l’image donnée de la femme, en effet, Célilé qui subit son histoire et les hommes autour d’elle, finit par prendre son destin en main et obtenir sa liberté.

Un joli livre donc !

Oh, boy ! – Marie-Aude Murail

Une auteur très connue pour ses livres jeunesse que je n’avais jamais lue, son livre le plus connu et le plus primé, et un livre voyageur, il ne m’en fallait pas plus pour lire Oh, Boy ! Ah si, lire l’avis d’Asphodèle !

C’est une histoire de famille, les Morlevent.

Siméon, 14 ans et surdoué, Morgane, 9 ans, et Venise, 5 ans, viennent de perdre leur mère (qui a avalé du « canard vécé ») alors que leur père était parti depuis longtemps déjà. Pris en charge par l’assistance publique, une juge et une assistante sociale s’occupent de leur cas et retrouvent 2 autres membres de la famille, une fausse demi-soeur, Josiane et un vrai demi frère aîné, Barthélémy. Elle veut adopter les petites (enfin surtout Venise), il ne veut personne mais tous ses frères et soeurs ne jurent que par lui. Ils ont fait un « jurement » : Les morlevent ou la mort’.

Ce que j’ai aimé

L’humour et la légèreté (dans la façon d’écrire) malgré la lourdeur des sujets, la sensibilité. Le choix des sujets évoqués, casse-gueule (ça fait beaucoup le suicide , la maladie, l’abandon, l’homosexualité, la violence…), mais qui au final passe très bien. Les personnages ne sont jamais tous noirs ou tous blancs, l’auteur sait les montrer détestables ou à travers leurs failles et leur défauts, ce qui les rend tout à fait attachant.

Et puis c’est une histoire de solidarité, très touchante, très humaine au fond.

A découvrir !

Merci à Asphodèle pour ce livre voyageur.

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