Les parapluies d’Erik Satie // Stéphanie Kalfon [68 première fois]

Touchée & bluffée

 

« La folie n’est pas du côté de l’extravagance, elle est du côté de la normalité. C’est bien la normalité qui est pure folie, la validation de la comédie sociale par ceux qui la jouent. La validation des groupes par eux-mêmes. Les gens seuls, les déviants, les étranges, les bizarres, ne sont que la doublure honnête des photocopies carbone qui représentent la masse des vivants. Ceux qui marchent sur la tête, les vrais fous, sont ceux qui jamais n’ont besoin d’air. » 

Je connaissais Erik Satie, de nom, assez peu sa musique, rien de sa vie.

Dans ce premier roman, l’auteure nous raconte l’homme, le début de sa vie, ses études ratées, ses errements, ses refus, ses échecs et la fin de sa vie, malade et misérable. On trouve inséré dans le texte des extraits de ses lettres, carnets. L’auteur nous plonge dans l’époque des cabarets parisiens, au cœur de la belle époque, on croise le poète Contamine et le musicien Claude Debussy.

J’ai adoré « voyager » auprès de Satie dans ce Paris de la belle époque, à l’entre deux siècles, dans un temps qui n’existe plus. L’écriture d’abord est follement belle. Et puis c’est l’homme derrière l’artiste qui est vraiment le cœur du livre, l’homme blessé et meurtri, dont l’art, disons même le génie, n’a pas été reconnu de son vivant m’a émue.

C’est le portrait d’un homme en rupture avec son temps, en avance même, un homme qui refusera les conventions et que cela mènera à sa perte. Un homme trop sensible, extrêmement seul et qui refusera toute sa vie de se plier aux normes et aux conventions. C’est vraiment l’image de l’artiste libre et maudit par excellence.

Erik Satie, Gnossienne Nr.5 - Eironeia

Un homme meurtri qui va subir des pertes toute sa vie, sa jeune soeur, sa mère ensuite alors qu’il est très jeune, son ami poète.. Un homme qui finira malade de son alcoolisme. On sent une incroyable tristesse chez cet homme tout le long du livre.

« On n’envie jamais les gens tristes. On les remarque. On s’assied loin, ravis de mesurer les kilomètres d’immunité qui nous tiennent à l’abri les uns des autres. Les gens tristes sourient souvent, possible oui, possible. Ils portent en eux une musique inutile ? Et leur silence vous frôle comme un rire qui s’éloigne. Les gens tristes passent. Pudiques. S’en vont, reviennent. Ils se forcent à sortir, discrets faiseurs d’été…. Partout c’est l’hiver. Ils ne s’apitoient pas : ils s’absentent. Ils disparaissent poliment de la vue. Ils vont discrètement se refaire un monde, leur monde, sans infliger à personnes les désagréments de leur laideur inside. Ils savent quoi dire sans déranger. C’est tout un art de marquer les mémoires d’une encre effaçable… »

Un homme dont on découvrira après sa mort les conditions de pauvreté extrême dans lesquelles il a vécu et toute la « folie » qu’il a caché, ses 2 pianos liés ensemble et inutilisables, les carnets innombrables, les 14 parapluies similaires, les vêtements emballés et non portés. J’ai été totalement bouleversée par cet homme qui a marqué son époque après coup, et j’écoute depuis en boucle sa musique.

Ce livre est un hommage magnifique.

68-2017

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  • Aure Attika, Mon ciel et ma terre
  • Christiana Moreau, la sonate oubliée
  • Marie Barraud, Nous les passeurs
  • Jacky Durand, Marguerite
  • Dominique Costermans, Outre-mère
  • Marine Westphal, La téméraire
  • Stéphanie Kalfon, Les parapluies d’Erik Satie
  • Sarah Barukh, Elle voulait juste marcher tout droit
  • Maryam Madjidi, Marx et la poupée
  • Marjorie Philibert, Presque ensemble
  • Sandra Reinflet, Ne parle pas aux inconnus
  • Vanessa Bamberger, Principe de suspension

Les 68 premières fois

Les 68 premiers fois, c’est l’occasion de découvrir de nouveaux auteurs, une sélection de premiers romans soigneusement choisis par l’équipe et que je vais m’empresser de découvrir.

Des livres qui pourraient passer inaperçus tant la rentrée littéraire a tendance à mettre en avant toujours les mêmes livres, des livres pour sortir des sentiers battus, des livres pour découvrir de nouvelles voix.

Pour mémoire, c’est la 2ème année, pour tout savoir c’est par là

Je commence par  : Maryam Madjidi, Marx et la poupée

  • Aure Attika, Mon ciel et ma terre
  • Christiana Moreau, la sonate oubliée
  • Marie Barraud, Nous les passeurs
  • Jacky Durand, Marguerite
  • Dominique Costermans, Outre-mère
  • Marine Westphal, La téméraire
  • Stéphanie Kalfon, Les parapluies d’Erik Satie
  • Sarah Barukh, Elle voulait juste marcher tout droit
  • Maryam Madjidi, Marx et la poupée
  • Marjorie Philibert, Presque ensemble
  • Sandra Reinflet, Ne parle pas aux inconnus
  • Vanessa Bamberger, Principe de suspension

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Le liseur du 6h27 // Jean-Paul Didierlaurent lu par Dominique Pinon

Mon premier livre audio, écouté grâce à Audible.product_9782070149346_195x320

Je n’étais pas sûre d’adhérer, je n’ai jamais aimé qu’on me fasse la lecture à voix haute, mon esprit s’évade très vite et je ne comprends plus rien, j’ai besoin de voir le texte pour le comprendre (suis -je la seule ainsi je m’interroge ??)

J’ai eu l’opportunité de tester et comme j’avais vraiment envie de découvrir ce livre vu partout et que j’ai même à la maison sans l’avoir lu, j’ai tenté.

Je l’ai écouté dans mes trajets quotidiens pendant lesquels je ne lis pas car sur 40 minutes de trajets j’ai 20 minutes de marche et ça m’a bien plu.

Verdict ? J’ai été emportée par l’interprétation de Dominique Pinon. J’ai bien aimé le style de l’auteur et tout particulièrement le début avec les descriptions de la machine à détruire les livres. Par contre l’histoire en tant que telle ne m’a pas totalement convaincue, j’ai trouvé que chaque chapitre semblait découpé des autres. J’ai eu le sentiment de lire/écouter des nouvelles (j’ai lu après coup que l’auteur était d’ailleurs un spécialiste des nouvelles), chaque personnage est bien décrit mais j’ai trouvé le récit vraiment trop « artificiel » et les personnages trop détachés les uns des autres pour imaginer leurs relations.

Bref je n’ai pas vraiment adhéré à ce livre qui a fait un tel succès. Après il est bien écrit et les mots de l’auteur se prêtent vraiment bien à la lecture de Dominique Pinon mais je ne pense pas que j’aurais aimé lire le livre.

20170123_210207Je retente la lecture audio avec Mémoire de fille d’Annie Ernaux…

A suivre…

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A la fin le silence // Laurence Tardieu

J’ai souhaité lire ce livre (que j’ai obtenu grâce aux matchs de la rentrée littéraire de price minister, je suis d’ailleurs bien en retard sur la publication de cette chronique, il me semble) juste parce que c’était Laurence Tardieu et que j’avais aimé la sensibilité de ses derniers romans, je ne savais rien du sujet de celui-ci.

 

Difficile de me prononcer sur ce livre qui m’a autant touchée qu’il m’a laissée de glace.

L’auteur y évoque les attentats du 7 janvier et toute la période qui a suivi jusqu’aux attentats du 13 novembre. J’avoue que le lire presque un an après les attentats du 13 novembre n’était sans doute pas la meilleure des idées, tant cela me replonge dans une douleur innommable.

Ce livre est l’occasion pour l’auteur d’évoquer d’un monde qui s’effondre, alors même qu’elle attend son 3ème enfant et que la maison de sa grand-mère (qui représente ses racines et même son « refuge ») est mise en vente.

Le début nous replonge dans l’horreur du 7 janvier et des jours qui ont suivi, son angoisse pour ses filles toutes proches des évènements, son sentiment d’incompréhension totale, son sentiment d’un monde qui se disloque. Les mots de Laurence Tardieu m’ont évidemment parlée, touchée mais je n’y ai rien trouvé que je n’avais déjà pensé (la peur, le sentiment d’un « non retour », d’une « bascule » dans l’horreur).

Elle évoque en même temps la vente de la maison familiale et là aussi la disparition de « son » monde. Je peux comprendre et me sentir proche de l’état d’esprit de l’auteur, j’ai bien ressenti ce qu’elle décrit lors de la vente de la maison de ma propre grand-mère, cependant, il y a quelque chose qui m’a gênée dans les mots de l’auteur. Autant ses mots sur les attentats sont universels, autant ceux concernant la maison m’ont semblé trop personnels et intimes pour m’y intéresser, j’avoue même avoir sauté de nombreux passages, touchée par l’ennui.

J’ai même trouvé certaines de ses réflexions mises en regard des attentats, totalement déplacées voire même limites indécentes.

Déception donc.

Le syndrome de la vitre étoilée // Sophie Adriansen

Il y a certains livres qui font tellement écho en vous que cela en devient troublant, il y a des personnages auxquels on s’identifie vraiment, des mots qu’on aurait pu dire, des ressentis qui sont si proches des nôtres.

Le livre de Sophie Adriensen a douloureusement fait écho en moi dans la première partie. Elle y raconte l’histoire de Stéphanie qui lutte pour avoir un enfant. Elle raconte dans le menu détail les examens hyper douloureux pour certains et surtout hyper invasifs qu’elle a dû subir. Et pour l’avoir vécu, ses mots décrivant la froideur du milieu médical sont d’une incroyable justesse.

L’auteur sait aussi bien mettre les mots sur la pression de la société et de la famille face aux femmes en âge d’enfanter et sans enfants.

Dans la deuxième partie, Stéphanie qui a quitté l’homme avec qui elle a vécu 10 ans et qui était stérile, elle apprend à éprouver sa liberté, se réconcilie avec son corps meurtri, revit et découvre l’amour. Si j’ai été moins convaincue par cette partie où le yoga agit comme un révélateur , j’ai été très touchée par le cheminement et les errements de cette femme qui se libère.

J’ai aimé la construction de ce roman où sont insérés des extraits de livres (dont Chambre 2 de Julie Bonnie qui m’avait incroyablement touchée également), des chansons, d’articles de journaux (sur les naissances petits princes et princesses), les allers retour entre le passé et le présent  avec des chapitres simplement appelé « maintenant ».

C’est le roman d’une femme qui lutte et qui se libère, très juste et bien écrit. Pour avoir lu d’autres livres de Sophie Adriensen (Je vous emmène au bout de la ligne et Max et les poissons, un roman jeunesse dont je n’ai pas parlé ici mais que j’avais beaucoup aimé), je trouve que son écriture a pris de l’ampleur ici.

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Lectures d’été : littérature française

J’ai renoué avec la lecture cet été, merci les grandes siestes !

J’ai dévoré

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« Les petites reines » de Clémentine Beauvais

Un roman jeunesse que je voyais partout et pourtant je ne suis pas une habituée de livres jeunesse mais celui-ci se passait à Bourg-en-Bresse et comme c’était mon lieu de vacances (et lieu de vie de ma belle famille), j’étais piquée au vif. Une très belle surprise, une jolie lecture, pleine d’humour et d’intelligence qui m’a donné envie d’en découvrir plus de cette jeune auteur méga douée. On y suit l’histoire de 3 adolescentes élues boudins de leur collège de Bourg-en-Bresse, elles partent à vélo sur les routes de France pour vendre… du boudin. Un joli road trip !

« Les enfants indociles » de Marie Charrel

Une belle couverture et un très beau titre pour une auteur que je découvrais. Un jeune héroïne touchante, un livre mystérieux, sous forme d’enquête dans laquelle je me suis laissée prendre. Si tout ne m’a pas totalement convaincue, j’ai beaucoup aimé les thèmes abordés, la douceur de l’écriture et du message véhiculé.

Merci aux éditions Fromentin pour ce livre

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j’ai bof aimé

« Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une » de Raphaëlle Giordano
J’ai été eue par la couverture vraiment jolie et le titre. J’étais à bout de livres et j’avais 2 secondes en libraire pour trouver un livre. C’est gentil, pas désagréable à lire et on peut en retirer certains enseignements mais j’ai eu du mal avec le livre de développement personnel caché sous forme de roman. Tout est trop un peu facile et trop gentil.
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J’ai bloqué

« La bibliothèque des coeurs cabossés » de Katarina Bivald

Je le voyais partout, le thème m’intriguait, j’avais envie d’une lecture légère pour les vacances, quelle ne fut pas ma déception face à une écriture méga plate et une héroïne ennuyeuse, nunuche au possible. Bref j’ai refermé à la page 89.

// Le sommeil le plus doux // Anne Goscinny

Certains livres viennent vous cueillir et vous happent.

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Il y a ce titre là, le thème (une jeune femme accompagne sa mère mourante à Nice sur les traces de la ville de sa jeunesse) et puis il y a les mots de l’auteur qui vous emportent et vous bouleversent.

C’est un livre qui parle magnifiquement de mort, de deuil, de maladie, de vie, d’amour, de la relation mère/fille. C’est un livre court mais terriblement beau et profond où tout s’entremêle pour mieux faire sens.

Deux voix (Gabriel et Jeanne), 2 époques séparées de 30 ans, des absences (un père trop tôt disparu), le passé très présent (par la voix de la grand-mère paternelle), c’est un livre plein de fantômes.

Les mots d’Anne Goscinny sont habités d’une grande poésie et délicatesse, peut-être parce qu’ils sont si personnels et intimes (Anne Goscinny a perdu son père, René Goscinny,  quand elle avait 9 ans et sa mère est décédée d’un cancer). La mère en souffrance, la mère qui accepte la mort, la mère face à sa fille et la fille profondément atteinte par un père parti trop tôt ( « Mon père m’a déçue. Je l’adorais et il est mort ») et une mère malade. Une jeune femme qui grandit alors que sa mère meurt, une jeune femme qui devient femme.

La fin surprenante du livre lui donne une tonalité toute particulière et lui ajoute un supplément de tristesse et de mélancolie, le sentiment de vies gâchées.

C’est un livre d’une très grande justesse et d’une rare beauté sur l’âme, les liens familiaux.

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« Au début, ce sera difficile, très difficile. Tu auras l’impression que tu ne sais plus marcher, plus parler non plus. Les premiers temps, tu seras paralysée. Un pied et puis l’autre. Tu marcheras jusqu’au Pont-Neuf. Et petit à petit tu rallongeras tes promenades, la rue de Buci, Saint-Sulpice, la rue du Regard. Et retour. Ce seront tes victoires. Tu devras apprendre à être Jeanne sans mère. Apprendre aussi à ne plus prononcer ce mot, maman. Deux syllabes si bêtes quand elles sont là, tout près. Deux syllabes interdites, comme ça, en moins de temps qu’il n’en faut pour mourir. Il faudra que tu découvres un nouvel alphabet. Tu t’apercevras qu’en te servant de l’ancien, personne ne te comprendra plus. Pour les gens que tu aimais et qui t’aimaient, tu ne seras plus que Jeanne qui a perdu sa mère. Ce deuil sera ta particule. Impossible à cacher. Moi je sais que tu apprendras. »

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Gaspard ne répond plus d’Anne-Marie Revol

J’ai reçu ce roman de la part de son auteure, j’avoue que je suis généralement peu encline à accepter ce genre de proposition, mais j’ai aimé le mail que l’auteure m’a envoyée, j’avais déjà entendu parler d’elle pour son précédent livre où elle évoquait le décès de ses 2 petites filles « Nos étoiles ont filé ». J’ai accepté, ce qui met toujours un peu la pression et alors que je suis dans une période où je lis très peu.

Pour faire court, Gaspard Ronsard dernier descendant du poète, participe au jeu de téléréalité « Un jour j’irai à Shanghai avec toi », copie vous l’aurez compris de Pékin Express. Il se retrouve au fin fond du Vietnam les 2 jambes cassées, « pris en otage » par une étrange vietnamienne parlant très bien le français. Pendant ce temps-là en France la chaine de télé s’affole et la mère adoptive de Gaspard aussi.

9782709656054-001-X_0Je n’ai pas envie de vous raconter plus de l’histoire (ou plutôt devrais-je dire des histoire) de ce pavé de plus de 400 pages mais plutôt vous dire que c’est un livre que j’ai lu avec beaucoup de plaisir, que je me suis attachée aux personnages tous plus rocambolesques et improbables les uns que les autres. Et même si j’ai un peu décroché dans la dernière partie du livre, j’étais comme « accrochée  » à ce livre ce qui ne m’était pas arrivée depuis longtemps.

Parce que c’est un livre bien écrit, avec un livre dans un livre  : on y lit les carnets d’un certain Hubert, un personnage haut en couleur, complètement délirant et passablement attachant et de ces carnets- là, j’en aurais bien pris encore davantage.

Le monde de la télé réalité y est parfaitement décrit et en prend bien pour son grade (l’auteure a l’air de très bien le connaitre, en effet, elle est journaliste télé).

Si rien n’est vraiment crédible dans ce livre (à part le monde de la télé qui ne donne pas du tout envie), on s’en fiche, on se laisse porter, parce que c’est souvent drôle, haut en couleur et plein de tendresse et de chaleur. Léger sans être creux. On sent que l’auteure s’est fait plaisir avec ce livre (surtout avec les carnets du fameux Hubert) et le lecteur en profite aussi !

Un grand merci à Anne-Marie Revol !

 

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Mariage en douce de Ariane Chemin

Ce livre permet de retracer l’histoire du mariage secret de Romain Gary et Jean Seberg dans un petit village corse en 1963, mariage loin des médias et des paparazzi de l’époque qui harcelaient déjà ce couple mythique.

J’avais lu le dossier du magazine Le monde l’année dernière qui dévoilait des photos de ce mariage resté secret. C’est ce dossier qui a permis à la journaliste de rencontrer le dernier témoin vivant du mariage secret de Gary et Seberg.

Si je n’ai pas eu le sentiment de lire de réelles révélations dans ce livre assez court qui permet de dresser un très rapide portrait de Romain Gary et de Jean Seberg (dans lesquels je n’ai évidemment rien appris), j’ai eu l’impression de revivre auprès d’eux un moment hautement symbolique, de me replonger dans une époque et un autre temps.gary

J’ai ressenti beaucoup de tendresse et de mélancolie à l’évocation de ce mariage caché, tenu loin de la foule et même du fils du couple (dont l’existence ne sera révélée qu’après). Un mariage qui a l’air presque subi, l’unique photo montrant un couple peu souriant, arrivé le matin et reparti le soir même par avion militaire. Le couple divorcera d’ailleurs en 1970 mais restera très proche.

On y apprend d’ailleurs que Gary retournera (incognito encore) sur les traces de ce mariage quelques mois avant sa mort et ce passage m’a émue.

On mesure bien à la lecture de ce livre la situation de pression politique et médiatique voire le harcèlement auquel le couple était déjà confronté. Gary avait d’ailleurs accusé publiquement le FBI d’avoir détruit sa femme.

Voici donc livre joliment écrit qui permettra à ceux qui connaissent peu ces deux amoureux au destin résolument tragique d’en savoir plus sur eux.

Merci à babelio pour ce livre.

Gary Seberg Mariage

 

 

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Lorette de Laurence Nobécourt

Il faudra que je vous parle de ce livre qui a résonné en moi rempli des mots si beaux  et si forts de Laurence Nobécourt ( j’ai beaucoup lu ses premiers textes écrits sous le nom de Lorette Nobécourt et  je l’avais retrouvée  avec plaisir avec Patagonie intérieure)

Elle signe ici un texte personnel, hyper intime, un texte d’une très grande puissance. Terriblement humain. J’y reviendrai, en attendant, je vous livre ses quelques mots.

« Je n’avais pas idée à quel point nous sommes constitués des lettres qui nous désignent, dont chacune porte une vibration qu’il nous revient d’habiter pleinement »

« Oui, la vie nous rabote. Jamais pour rien. Jamais pour blesser, mais pour nous façonner au plus parfait, et ainsi nous contraindre à la joie.

Il y a les deuils et la peine. Mais il faut poursuivre le voyage. Reprendre la route. Du point de départ. De la deuxième naissance. Reprendre la route avec la saine méfiance de ne rien tenir pour acquis. Rien d’autre. Comme le socle intérieur béni. Cet espace de sécurité qui n’appartient qu’à soi, que seule l’expérience de vie a conquis : Geborgenhiet. C’est un miracle qui perdure. Où la solitude est bonne. Paisible. Cet espace où il n’y a personne à sauver ni à convaincre. Rien. Plus personne à emmener que soi-même : ce minuscule fragment d’humanité, ces quelques lettres assemblées les unes aux autres, seulement cela, mais les emmener jusqu’au bout, jusqu’au seuil d’une vérité nouvelle.

Alors oui, je veux bien reprendre la route, mon sac est léger, je ne possède rien mais je connais mon nom. »

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