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Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

Dès le début de ce texte, il y a le « nous » comme dans cet extrait.

Nous avons accouché sous un chêne, l’été, par quarante-cinq degrés. Nous avons accouché près d’un poêle à bois dans la pièce unique de notre cabane par la plus froide nuit de l’année. Nous avons accouché sur des îles venteuses du Delta, six mois après notre arrivée, nos bébés étaient minuscules, translucides, et ils sont morts au bout de trois jours. Nous avons accouché neuf mois après avoir débarqué, de bébés parfaits, à la tête couverte de cheveux noirs.

Ce « nous » qui fait que nous nous retrouvons témoins au plus près du quotidien et des destinées de ces femmes japonaises, très jeunes pour certaines (des enfants même) qui embarquent dans les années 20 dans un bateau à destination des états-unis où elles doivent rencontrer le mari auquel elles ont été « cédées ». Des rêves d’une autre vie plein la tête, des rêves qu’on leur a vendu par lettre. On se doute que la réalité sera bien loin du rêve promis. Ces femmes découvrent une vie difficile (souvent dans les champs qu’elles avaient voulu fuir), dans un pays si différent du leur.

On va suivre leur arrivée, leur rencontre avec leur mari, leur nuit de noces… On va ainsi suivre leur quotidien pendant de nombreuses années, jusqu’à la seconde guerre mondiale quand les états-unis entrent en guerre contre le japon et qu’alors ces femmes-là (et ces hommes) deviennent suspects et finissent par se faire « déporter ». Ils disparaissent alors du récit.

Ce qui est très frappant dans ce récit, c’est donc ce « nous », cette voix unique et multiple à la fois qui mêle les histoires des unes et des autres et qui de fait en dresse des parallèles. Il y a de fait beaucoup de répétitions dans ce texte, mais c’est ce qui en fait son originalité et ce qui donne une grande force au récit.

Ce que j’ai moins apprécié, c’est de n’avoir aucun fil conducteur, aucun personnage par exemple qui revienne et auquel on puisse s’accrocher. A force, ces voix de femmes se mélangent un peu, d’autant qu’on les suit pendant plus de 20 ans. (certaines périodes sont d’ailleurs beaucoup plus développées que d’autres). Je me suis de fait un peu désintéressée de leur sort au court de ma lecture.

Et puis à la fin quand on sait que ces femmes ont été déportées, on ne comprend pas pourquoi l’auteur utilise encore le « nous ». Ca m’a déstabilisée, même si c’était sans doute volontaire, ce « nous » devient le « nous » de ces américains (wasp), témoins depuis le début de ces japonaises si travailleuses et qui disparaissent de manière aussi discrète qu’elles sont arrivées, sans faire de bruit.

La grande force de ce récit, c’est la langue de l’auteur, si poétique, si évocatrice. C’est un texte qui sait mettre en lumière un pan de l’ histoire peu connu et qui en l’évoquant nous parle plus généralement et très subtilement des difficultés de l’exil, de l’intégration.

Un très beau livre, plein d’un charme certain !

———–

C’est Violette qui nous a proposé ce livre pour le prix des lectrices. Voir son avis.

 

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9 réflexions sur “Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

  1. Jean-Charles dit :

    Oui ça semble un peu confus.
    J’ai lu de cette auteure un livre intitulé « Quand l’empereur était un Dieu » » que j’avais apprécié et qui parle déjà de l’immigration japonaise aux Etats-Unis puis de leur condition d’immigré pendant la guerre du Pacifique.
    Un livre qui m’avait bien plu.

    • delphinesbooks dit :

      Pourtant ce livre remporte beaucoup de prix (femina étranger notamment en France) et pas mal de presse, il est franchement différent ce qu’on peut lire d’habitude, mais je comprends qu’on n’y adhère pas.

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