Littérature hongroise

Epépé de Ferenc Karinthy

2014-03-11_184721

Je vais vous parler d’une sorte d’olni, objet littéraire non identifié. En effet Epépé est un roman inclassable tant il fait appel à des styles différents.

Je n’avais jamais entendu parler de ce livre pourtant écrit en 1970 et considéré comme un chef d’oeuvre de la littérature hongroise et même devenu culte. Quand une collègue m’a évoqué le sujet, l’histoire d’un linguiste coincé dans un pays dont il ne comprend pas la langue, ma curiosité  a été piquée au vif et je me suis précipitée dessus. Il est si rare que la littérature évoque la linguistique…

C’est un roman angoissant et en même temps totalement addictif. Il me semble bien difficile d’en parler, de le résumer ou de donner envie de le lire.

Rentrons dans le vif du sujet, on suit donc Budaï, un linguiste hongrois qui prend l’avion pour participer à une conférence de linguistique à Helsinki et qui se retrouve à cause d’une erreur de correspondance dans une ville inconnue, dans un pays inconnu mais surtout dans l’incapacité totale de communiquer parce que la langue parlée ici lui est totalement incompréhensible et que personne ne parle d’autre langue (et ce alors que le héros est capable de parler beaucoup de langues). Il ne parvient donc pas à repartir chez lui et se retrouve coincé, comme emprisonné dans cette ville.

S’il y a des incohérences voire même des choses peu réalistes et si parfois on a envie de secouer le personnage tant il nous semble incapable de réagir de la bonne façon pour se faire comprendre, sa situation est cependant très bien mise en scène, on se prend au jeu de son enquête, en bon linguiste il tente d’analyser et de comprendre cette langue qui lui semble venue de nulle part, et le suspense va grandissant. En effet, tout devient une lutte pour cet homme, s’acheter à manger, tenter de trouver une gare, prendre le métro… et essayer de se faire comprendre tout simplement. Il y a des épisodes totalement kafkaiens…

Et la ville dans laquelle il évolue est totalement angoissante elle aussi, parce que tout y est une lutte également, les habitants y sont beaucoup trop nombreux, la ville grouille de monde de partout, il faut faire la queue des heures durant pour tout, jouer des coudes pour avancer, quasiment se battre pour prendre le métro… mais surtout cette ville semble sans fin, sans limites.

Certains éléments ressemblent au monde du héros et à ses références, d’autres lui sont complètement « exotiques », et lui rappellent même un temps quasi moyenâgeux. L’auteur raconte ainsi très bien le sentiment qu’un voyageur peut ressentir quand il arrive dans un pays étranger très éloigné du sien et dont il ne comprend pas du tout la langue ni la culture, ce sentiment d’être perdu, totalement dépaysé, sans aucun repères qui peut donner le tournis. Aujourd’hui c’est cependant une situation qui arrive de plus en plus rarement avec l’utilisation de l’anglais notamment.

On se demande pendant longtemps la signification de ce titre mystérieux, il évoque une femme que Budai croise tous les jours dans ascenseur de son hotel et c’est la seule personne avec laquelle il arrivera à nouer une relation et dont naitra l’espoir de pouvoir rentrer chez lui. Epépé est son nom, sauf que le lendemain Budai comprend que finalement elle s’appelle Ebébé ou peut-être Etiétié…

Un livre plein d’énigmes donc et de mystères qui m’a plu notamment pour ses références à la linguistique évidemment, mais aussi parce qu’il recèle tant d’interprétations possibles et qu’il contient nombre d’allégories. Un livre d’une richesse rare donc.

Mon seul regret, la dernière partie du livre qui change encore de style et de genre, on assiste ainsi à un long passage de guerre civile, et qui m’a lassée, et une fin qui laisse un peu sur sa faim mais qui au final est totalement à l’image de ce livre si énigmatique.

 

Facebook Comments
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...
Tweet about this on TwitterShare on FacebookEmail this to someonePin on PinterestShare on Google+Share on TumblrDigg thisPrint this page

7 réflexions au sujet de « Epépé de Ferenc Karinthy »

  1. Je l’ai lu quand il est sorti en France, c’était très surprenant. Mais je n’avais pas encore de blog… tu me donnes envie de le relire pour faire un billet dessus. Je me souviens de m’être lassée à un moment mais que j’avais trouvé ça très prenant.

  2. HA ! Alors là, ça me tente réellement !!! Rien que pour voir comment l’auteur parvient à rendre compte de la sensation d’être perdu que l’on a tous dans un pays dont on ne maîtrise aucun code linguistique… (genre… la Hongrie ? ;) ) C’est drôle, parce que tu évoques des changements de style et des longueurs, et c’est le sentiment que j’ai eu presque à chaque lecture d’un auteur de la Mitteleuropa : peut-être est-ce un standard du roman dans ces contrées orientales… un temps de pause souvent un peu déconnectée, un peu absurde même, dans l’épopée ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *