Littérature française

La blessure de Jean-Baptiste Naudet #68premièresfois

C’est un livre d’une rare puissance, extrêmement bien construit, mêlant les destinées de plusieurs personnes dont l’auteur lui même.

La guerre d’Algérie vue de l’intérieur, à travers les lettres d’un jeune soldat de 20 ans qui perdit la vie au combat et qui offre ainsi un témoignage essentiel sur cette guerre. La guerre et ses conséquences avec une femme blessée. Elle y a perdu son fiancée, celui avec lequel elle échangeait ses lettres mort au combat.

Elle sombre dans la folie des années après (alors que l’auteur a 16 ans) sans que sa famille comprenne pourquoi. Son fils qui part lui même au « combat » (il est reporter de guerre) sans vraiment comprendre pourquoi, qui répète l’histoire malgré lui.

« Ma mère devient folle. Ma mère, Danielle, est en train de basculer dans la folie et je ne sais pas pourquoi. Dans ses ténèbres, elle emporte toute la maison. Moi, mon père Gilles, et mes deux sœurs, Claire et Hélène. Je n’ai que seize ans et je ne veux pas sombrer. Il faut que je parte, que je m’enfuie loin d’ici, vite. Chaque jour, quand je rentre du lycée, je la trouve allongée, sur le canapé du salon. Lumières éteintes, volets tirés. Elle dort ou elle pleure. Elle a les cheveux sales et d’immenses cernes sous les yeux, mais de moins en moins de larmes. Elle ne mange pas. Elle a beaucoup maigri. Elle ne se lave plus beaucoup. Elle se néglige. Elle coule. »

L’auteur du livre écrit ici un livre qui interroge le passé de ses parents et lui permet de comprendre la folie de sa mère, pourquoi il a choisi le métier de reporter de guerre qui le confronte a des horreurs et le fait lui aussi sombrer.

C’est un livre qui répare. Il répare son auteur, le père de l’auteur qui a conservé les lettres de sa femme et qui savait (il était lui même le meilleur ami du fiancé et il avait promis de veiller sur la fiancée). Il répare de la culpabilité face à l’Algérie (l’auteur va en effet retrouver la famille de celui qui a tué le soldat et qui a été lui même blessé, il ira également à la rencontre du frère de Robert, le soldat disparu).

Certains passages du livre et des lettres sont très durs, ils décrivent ce que nous savons déjà (la violence des hommes devenus fous, les exactions) mais surtout ils montrent l’absurdité de la guerre.

Mais c’est aussi un livre d’une rare beauté, les lettres échangées sont très belles, remplies de l’amour qui les lit mais aussi remplies des réflexions de Robert pleines d’humanité et de profondeur.

« Chacun a son Hélène pour laquelle il est prêt à mourir. Ainsi va l’amour, ainsi vont les guerres. Elles fascinent, obsèdent. Je m’évade dans la fureur imaginaire des combats, le fracas fantasmé des armes. L’esthétique malsaine de la guerre me séduit. Les terrifiants pilonnages d’artillerie m’envoûtent. Le mitraillage des armes automatiques m’enchante. Les cris d’attaque, le courage des hommes qui montent à l’assaut sous l’enfer du feu ennemi me captivent. Même les champs de mines me font doucement frissonner. Cette aberrante boucherie m’hypnotise. Comme l’écrit Apollinaire, « Ah Dieu ! que la guerre est jolie, avec ses chants ses longs loisirs. » Que la guerre était belle, vue depuis les livres ! « 

Un grand merci aux 68 premières fois qui m’ont permis de découvrir ce livre qui sera surement celui que je retiendrai de cette sélection. J’ai été plus que touchée par ce livre pour des raisons intimes et personnelles (mon père a fait son service militaire en Algérie comme Robert, il n’en parle jamais, refuse d’en parler, la blessure reste ouverte, les non dits restent entiers)

68 premières fois

68-2017

La sélection :

  • Fais de moi la colère
  • La dérobée
  • Juste un peu de temps
  • Le nord du monde
  • La poteaux étaient carrés
  • Faune et flore du dedans
  • Objet trouvé
  • La guérilla des animaux
  • Les déracinées
  • Deux stations avant concorde
  • Les enfants de ma mère
  • Ko
  • La blessure
  • Einstein, le sexe et moi
  • Quand dieu boxait en amateur
  • Trancher
  • Simple
  • Le fou de Hind
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