Biographie·Littérature française·voyage

L’antivoyage de Muriel Cerf

L’avion pique du nez avec une vitesse inquiétante vers ces milliers de marches ; un coup de soleil brutal balaie toutes les ombres et allume le fameux vert, celui qu’aucun tube de peinture ne saurait rendre, à faire pâlir Gauguin de jalousie ; moi qui détestais le vert, couleur des tricots de ma mère, des épinards, des pousses sentimentales et faiblardes du printemps pisseux sur les bords de la Seine, le vert impressionniste pourri de jaune, sali de gris des forêts françaises, e vert bilieux et bitumé des peintures de Barbizon, le vert couleur fade, bâtarde et lamentable, je me mets à l’adorer en arrivant à Katmandou. Ce vert, c’est celui du premier végétal poussé sur la terre, grinçant et suraigu comme une vibration en suspension dans l’air, glorieux et neuf comme la vie – le vert c’est la rizière et la vie.

Dans ce livre, écrit en 1974 (année de ma naissance), Murial Cerf nous raconte son premier voyage alors qu’elle a 20 ans et qu’elle part à l’assaut de l’Asie (Inde, Thailande, et en route vers l’Indonésie…). Elle nous donne à voir avec une langue puissante ses impressions de voyage, elle nous dépeint une Inde que je n’ai pas connue même si certaines choses n’ont pas l’air d’avoir changé tant que ça. On y découvre ses rencontres, ses amours et le voyage à travers son regard. Mais ce qu’on lit ici c’est surtout le portrait d’une femme libre.

Je ne connaissais pas cette auteur décédée tout récemment. Je vais continuer à la lire, avec Le Diable vert  tant son style libre, fort, jamais compassé, m’a énormément plu.

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20 réflexions au sujet de « L’antivoyage de Muriel Cerf »

    1. Je n’ai pas vraiment développé mon billet, c’est une vision particulière du voyage jusqu’auboutiste, pas du tout ma façon de voyager mais j’ai été impressionnée par son écriture. Et puis ça se passe 80% en Inde donc je ne peux qu’aimer.

      1. j’avais lu un billet de blog où cet aspect du livre était plus développé, et je crois que ce n’est vraiment pas mon truc non plus (sans préférer pour autant le club med) mais cela peut être intéressant à découvrir si c’est bien écrit :)

    1. Il faut être prêt à sortir de son regard d’aujourd’hui et d’européen pour apprécier ce voyage au bout de l’extrême. Je n’ai pas beaucoup développé mon billet, ce texte m’a fait penser à Sur la route de Kerouac pour le côté barré et excessif. Elle va loin dans tester ses propres limites, j’ai beaucoup aimé pour ma part mais je vois que c’est un livre qui ne laisse pas indifférent en lisant les commentaires.

    1. Je n’ai pas du tout trouvé ce livre irrespectueux pour ma part. C’était les années 70, déjà. Et puis chacun son voyage. Ce qu’elle raconte est évidemment bien loin de ce nous ferions aujourd’hui avec nos regards super aseptisés et un peu « bien pensants », c’est en ça que j’ai aimé ce témoignage, si loin de nous. Et j’ai surtout aimé la façon dont elle le fait, pour provoquer bien évidemment et je vois que ça a marché avec toi.

      1. Non, le livre n’est pas irrespectueux, mais c’est sa façon de voyager, qui m’a parue vraiment peu respectueuse des lieux, des traditions, des gens… bien entendu, c’est un livre des années 1970 donc c’était la mode de faire de tels voyages…
        évidemment, en effet, je suis tombée dans le panneau de sa virulence contre les bien pensants, mais bon, ce livre m’a mise mal à l’aise, j’ai été assez choquée qu’on puisse se détruire à ce point en fait…

        Mais je vois que beaucoup de gens ont aimé ce livre : il en faut pour tous les goûts :-D

  1. C’est toute ma jeunesse ce livre ! Contente de voir que Muriel Cerf ressorte un peu de l’oubli ! Et qu’elle plase encore !: Certains n’y voient qu’une apologie de la drogue et de la liberté poussée à l’extrême, il faut justement avoir un peu de recul pour se remettre dans le contexte de l’époque !!! C’était encore l’esprit « Kérouac » qui animait ces routards pas désinfectés au politiquement correct ! (J’en ai encore un dans ma PAL, à relire)… Et ravie que tu aies repris la plume !!!

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