Littérature française

// Le sommeil le plus doux // Anne Goscinny

Certains livres viennent vous cueillir et vous happent.

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Il y a ce titre là, le thème (une jeune femme accompagne sa mère mourante à Nice sur les traces de la ville de sa jeunesse) et puis il y a les mots de l’auteur qui vous emportent et vous bouleversent.

C’est un livre qui parle magnifiquement de mort, de deuil, de maladie, de vie, d’amour, de la relation mère/fille. C’est un livre court mais terriblement beau et profond où tout s’entremêle pour mieux faire sens.

Deux voix (Gabriel et Jeanne), 2 époques séparées de 30 ans, des absences (un père trop tôt disparu), le passé très présent (par la voix de la grand-mère paternelle), c’est un livre plein de fantômes.

Les mots d’Anne Goscinny sont habités d’une grande poésie et délicatesse, peut-être parce qu’ils sont si personnels et intimes (Anne Goscinny a perdu son père, René Goscinny,  quand elle avait 9 ans et sa mère est décédée d’un cancer). La mère en souffrance, la mère qui accepte la mort, la mère face à sa fille et la fille profondément atteinte par un père parti trop tôt ( « Mon père m’a déçue. Je l’adorais et il est mort ») et une mère malade. Une jeune femme qui grandit alors que sa mère meurt, une jeune femme qui devient femme.

La fin surprenante du livre lui donne une tonalité toute particulière et lui ajoute un supplément de tristesse et de mélancolie, le sentiment de vies gâchées.

C’est un livre d’une très grande justesse et d’une rare beauté sur l’âme, les liens familiaux.

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« Au début, ce sera difficile, très difficile. Tu auras l’impression que tu ne sais plus marcher, plus parler non plus. Les premiers temps, tu seras paralysée. Un pied et puis l’autre. Tu marcheras jusqu’au Pont-Neuf. Et petit à petit tu rallongeras tes promenades, la rue de Buci, Saint-Sulpice, la rue du Regard. Et retour. Ce seront tes victoires. Tu devras apprendre à être Jeanne sans mère. Apprendre aussi à ne plus prononcer ce mot, maman. Deux syllabes si bêtes quand elles sont là, tout près. Deux syllabes interdites, comme ça, en moins de temps qu’il n’en faut pour mourir. Il faudra que tu découvres un nouvel alphabet. Tu t’apercevras qu’en te servant de l’ancien, personne ne te comprendra plus. Pour les gens que tu aimais et qui t’aimaient, tu ne seras plus que Jeanne qui a perdu sa mère. Ce deuil sera ta particule. Impossible à cacher. Moi je sais que tu apprendras. »

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3 réflexions au sujet de « // Le sommeil le plus doux // Anne Goscinny »

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