Documentaires et essais

Le vice de la lecture – Edith Wharton

J’avais évoqué ce livre, avant de le lire. Maintenant c’est chose faite (merci à Nina de readingintherain pour le prêt), je peux vous dire ce que j’en ai pensé.

Ce texte très court, à peine une trentaine de pages et au ton clairement provocateur, est paru en 1903. L’auteur tente d’y définir deux catégories de lecteurs : « les lecteurs-nés » et « les lecteurs-mécaniques ». Les lecteurs-nés auraient ce don inné de « bien lire » alors que les lecteurs mécaniques ne feraient que tenter de lire sans vraiment comprendre et apprécier ce qu’ils lisent.

 Ainsi, en plus de dépeindre les mauvais lecteurs (elle emploie le terme « poor reader » en anglais traduit « piètre lecteur »), elle décrit les mauvais livres, c’est-à-dire des livres qui au contraire des bons livres n’ont pas la « capacité à représenter toutes choses pour tous (« plasticité »)».

Si le postulat de départ agace fortement et ne peut être défendu (la lecture comme une aptitude innée), l’auteur nous dépeint un système qui aujourd’hui encore semble assez d’actualité. Un système où les lecteurs mécaniques peu exigeants entraîneraient la production de livres de mauvaise qualité.

Extraits 

 Le lecteur mécanique est esclave de son marque-page : s’il en perd l’emplacement, il se trouve dans l’ennuyeuse nécessité de recommencer au début.(…) Le lecteur né est son propre marque-page.

 Il est probable que si ne lisaient que ceux qui savent lire, personne d’autre que ceux qui savent écrire ne produiraient de livres ; mais c’est la moindre des offenses du lecteur mécanique que d’avoir encouragé l’auteur mécanique. Ils sont faits l’un pour l’autre et peuvent s’attaquer l’un l’autre en toute impunité.

 Suscitant la demande d’une écriture médiocre, [le lecteur mécanique] facilite la carrière de l’auteur médiocre.

Ca fait grincer les dents parfois tant certaines phrases respirent l’arrogance et en deviennent ridicules voire risibles mais ce qui m’a étonnée par contre, c’est la modernité de l’écriture d’Edith Wharton dont je ne connais pas les autres écrits.

Edith wharton est une écrivain américain née en  1862 et a notamment écrit Ethan Frome et Le temps de l’innoncence.

Edition du sonneur, 2009

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16 réflexions au sujet de « Le vice de la lecture – Edith Wharton »

  1. Intéressant malgré tout cette idée selon laquelle si des livres médiocres sont produits, c’est parce qu’il y a une demande, surtout que ce livre a plus de 100 ans… On peut facilement faire le lien avec certains best sellers actuels et certains auteurs qui semblent produire à la chaîne des romans qui ne resteront sans doute pas dans les annales de la littérature.
    Comme quoi, l’industrie du livre du 21e siècle n’a sans doute rien inventé !

    1. Le problème est justement que ces catégories sont carrément pas réalistes, elle parle de lecture innée d’un côté comme si c’était possible et de lecture mécanique de l’autre comme si tu ne comprenais pas ce que tu lisais… Bref je ne me situe dans aucune de ces catégories là !

  2. J’aime beaucoup Edith Wharton, tu as raison c’est un auteur très moderne pour son époque, dans tous ses livres elle dépeint avec finesse la société de l’époque ainsi que les classes sociales. Je ne les ai pas encore tous lus, mais je n’ai jamais été déçue. J’avais commencé par Ethan Frome, roman absolument tragique qui parle de la misère d’une façon terrible. D’autres romans traitent plus généralement de la misère humaine dans la haute société, avec une grande acuité. Je te conseille Chez les Heureux du monde, et puis…tous les autres :)
    Merci pour ce petit article en tout cas, je ne connaissais pas cet écrit, je vais m’empresser de me le procurer!

  3. Bouh je n’aime pas Wharton. J’ai essayé à deux reprises, mais j’ai senti toute cette arrogance dont tu parles. De toute façon j’ai juré de ne plus la lire, et je vais m’y tenir avec plaisir. Je peux pas piffrer son style, si je puis me permettre

    1. C’est au contraire assez d’actualité encore aujourd’hui. C’est plus les idées qu’il y a derrière qui sont assez élitistes (trop pour moi)

  4. Je ne connaissais pas ce livre mais moi aussi j’aime beaucoup Edith Wharton et la finesse avec laquelle elle dépeint la société de son temps dans ses romans et nouvelles. Je te la recommande!

  5. On m’a recommandé il y a peu « Le temps de l’innocence », je trouve ses idées bien élitistes également et je ne me suis jamais identifiée à mon marque-pages, mais je lirais certainement ce texte (volontiers même) avant de lire un de ses ouvrages !

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