Biographie·Documentaires et essais

L’élimination – Rithy Panh & Christophe Bataille

C’est un livre qui nous plonge dans l’horreur du régime des Khmers rouges, dictature communiste cambodgienne.

Si je savais que Rithy Panh était un rescapé du régime des Khmers rouges et qu’il avait désormais à cœur de partager l’histoire sombre de son pays à travers ses documentaires (S21, la machine de mort Khmer rouge), je ne mesurais pas ce qu’il avait véritablement vécu.

Dans ce livre, il se rappelle de ces quatre années (1975/1979). Il nous confie en parallèle les entretiens qu’il mène avec Duch, tortionnaire en chef à S21, centre de détention et d’éxécution de Phnom Penh, et s’interroge sur l’homme et ce dont il est capable.

En 1975 à l’arrivée au pouvoir des Khmers rouges, il a 13 ans, sa famille est « déportée » de Phnom Penh (comme tous les habitants de la capitale hors Khmers rouges), ils vont être déplacés de villages en villages, dépossédés de tout dont de leur nom, travailler comme des bêtes, être affamés, etc. En six mois il va perdre son père, sa mère, ses neveux.

Il va passer plusieurs fois très près de la mort et il va vivre des situations d’une violence inouïe, mais le destin fera qu’il va survivre à toutes ces horreurs. On peut dire que c’est un miraculé.

Plus de 30 après, alors qu’il transmet cette histoire à travers ses documentaires et les nombreux entretiens qu’il mène avec des rescapés mais également des tortionnaires, il se souvient de ces jours sans nom.

C’est un livre qui se lit le coeur très serré, l’estomac au bord des lèvres, car il nous montre le pire de l’humanité, en dressant le portrait d’un des protagonistes de ce génocide. Et parce qu’il montre que ce qui s’est passé au nom d’une doctrine pourrait se reproduire dans ce pays ou ailleurs. Parce que ça nous rappelle aussi un autre pan de l’histoire.

Ce devoir de mémoire auquel se livre Rithy Panh est juste indispensable et essentiel. Un témoignage bouleversant de force.

 Je voudrais que ces pages soient loin des slogans Khmers rouges, loin de la violence. Loin de la révolution. On nous a longtemps privés de douceur et de sensibilité. Maintenant que le Cambodge a retrouvé une forme de liberté, une forme de paix, maintenant que sa belle jeunesse emporte tout, jusqu’à l’histoire, jusqu’au souvenir, je voudrais que ce livre nous rende la noblesse et la dignité. 

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Nous avons immédiatement été déplacés. Affamés. Séparés. Terrorisés. Privés de parole et de tous droits. Nous avons été brisés. Nous avons été submergés par la faim et la peur. Et toute ma famille a disparu en six mois.

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Les bourreaux ont déposé leurs machettes et leurs barres de fer au pied de leur lit. Ils sont libres. Beaucoup ont repris le chemin des champs. Ils dirigent leurs boeufs. Nourrissent les poules ou les cochons. Ils éduquent leurs enfants qui ignorent souvent ce que furent les quatre années de leurs pères. On nomme réconciliation ce qui est un refus.

 

Les auteurs :

Rithy Panh est cinéaste. On lui doit, entre autres, Les gens des rizièresBophana et S21 – La machine de mort khmère rouge, et Duch, le maître des forges de l’enfer. Il a écrit ce livre avec Christophe Bataille, qui est romancier.

Christophe Bataille, né en 1971, est l’auteur de plusieurs romans, parmi lesquels Annam (1993) et J’envie la félicité des bêtes (2002), Quartier général du bruit (2006). Il est éditeur chez Grasset depuis 1997.

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Les avis de Constance et celui de Clara

 

Pour mémoire, Rithy Panh a préfacé cette BD L’année du lièvre, dont j’attends la suite avec impatience.

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7 réflexions au sujet de « L’élimination – Rithy Panh & Christophe Bataille »

  1. Je te l’ai déjà dit, je suis sans doute lâche, mais je ne peux pas. C’est un travail indispensable pour la mémoire du pays, comme celui qu’il fait avec ses films mais c’est trop pour moi. Je t’admire d’avoir lu ce livre.

  2. J’ai eu des témoignages quand je vivais à Nouméa, je dois dire que l’horreur est un faible mot pour traduire ce qu’ils ont vécu ! La première citation est très belle… Gardons toutes ces dictatures en mémoire, les bêtes ne meurent jamais tout à fait hélas…

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