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L’Inde de Shumona Sinha

Quand des auteurs nous font découvrir leur pays d’origine…

Shumona Sinha est née à Calcutta en 1973. Elle a reçu en 1990 le Prix du meilleur poète du Bengale avant de s’installer en France en 2001 et de suivre des études littéraires à la Sorbonne. Elle a à son actif 3 romans écrits en français.

2014-03-05_192406Dans Assommons les pauvres (qui emprunte son titre à un poème de Baudelaire), son second roman, la narratrice, dont le métier est interprète pour les demandeurs d’asile (ce qu’a réellement fait l’auteur en arrivant en France), se retrouve en garde à vue parce qu’elle a fracassé une bouteille sur la tête d’un homme.

L’héroïne, elle–même émigrée, exilée, est la plus à même de comprendre ces hommes qui sont prêts à tout pour obtenir l’asile politique, prêts même jusqu’aux plus gros mensonges. Pourtant, cette femme confrontée à une violence extrême, la violence faite à ces hommes, la violence de leur passé, la violence contenue dans leurs mensonges ne peut plus la supporter.

C’est un texte qui ne peut laisser indifférent tant sur le fonds que sur la forme avec une écriture poétique, mais aussi abrupte, sauvage, toute en violence contenue.

*****

Dans Calcutta, son dernier roman tout juste sorti, Shumona Sinha continue d’interroger ses racines indiennes. L’écriture est toujours poétique mais se fait ici plus douce et tendre. Dans ce texte qui semble autobiographique, elle rend hommage aux siens dans un texte nostalgique  et aux antipodes des clichés que l’occident véhicule sur l’Inde. En effet, ici, on se retrouve à Calcutta, au Bengale, et c’est l’histoire d’une famille d’intellectuels communistes depuis les années 70 jusqu’à aujourd’hui.

On y suit Trisha, une jeune femme exilée qui revient au Bengale pour assister à la crémation de son père. En nous racontant l’histoire de cette famille qu’elle semble si bien connaitre, l’auteur nous déroule l’histoire politique du Bengale qui a connu tant de violence. Il ressort de ce texte une grande nostalgie et une profonde tendresse, les parents de la narratrice y sont en effet très attachants (la mère par sa douce folie et le père par son engagement politique).

Shumona Sinha semble s’inspirer à chaque fois de sa propre vie et de ses souvenirs pour nous livrer sa vision de l’Inde. Ses thèmes de prédilection sont le déracinement et l’exil. Avec sa voie si singulière et un style fort et poétique, elle nous offre une vision bien éloignée des clichés sur l’Inde.

Une auteur à découvrir absolument.

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11 réflexions sur “L’Inde de Shumona Sinha

  1. Laeti dit :

    Quelle bonne surprise de te retrouver Delphine!! Je ne connais absolument pas cette auteure mais c’est une belle invitation que de nous faire voyager dans son pays d’origine. A bientôt? ;)

  2. MissG dit :

    Ca fait plaisir de te relire, d’autant plus que ton article est très intéressant et que je ne connais absolument pas cette auteur (la littérature indienne plus généralement).

  3. George dit :

    Cela fait du bien de te lire. Deux romans qui parlent de l’Inde que tu aimes tant, ça ne m’étonne pas que tu aies eu envie d’en parler, et casser les clichés comme semble le faire cette auteur me paraît intéressant !

  4. Annabelle dit :

    Bon retour dans la blogosphère !

    J’ai lu « Assommons les pauvres ». Ce roman a valu quelques soucis à l’auteur dans son métier puisque l’OFPRA l’a congédié. J’ai trouvé intéressant de découvrir l’autre côté du décor des demandes d’asile.

    Je n’ai pas encore lu « Calcutta ». Je n’ai pas lu les critiques du roman. Ce que tu en as dit me donne envie de le lire.

  5. Polina dit :

    Voilà des lectures qui changent des domaines habituels, je note précieusement cette auteur, que tu défends avec tant de verve qu’il serait dommage de ne pas se faire sa propre opinion !

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