Challenges et lectures communes·J'ai aimé·Littérature italienne

L’odeur de l’Inde – Pier Paolo Pasolini

Où j’ai appris qu’avant d’être réalisateur, Pasolini était un grand écrivain.
Ce livre, je l’ai commencé avant de partir en Inde – l’été dernier – comme un avant goût, mais je ne sais pourquoi je l’ai abandonné.
Et là, je l’ai retrouvé et je l’ai dévoré. Quelle belle découverte !

 
Mais l’avenir prochain est plein de promesses. Un long voyage au cœur de l’Inde.
 

Ce que ce livre raconte

Pasolini se rend pour la première fois en Inde avec Alberto Moravia et Elsa Morante et parcourt le pays. Il nous livre ici une sorte de journal intime, à travers ses impressions et ressentis.  
C’est l’Inde de 1961, indépendante depuis peu, avec à l’époque 400 millions d’habitants (contre aujourd’hui, petit rappel, plus d’un milliard…) et sa pauvreté, ses rites ancestraux, ses odeurs et ses couleurs….
Et on y croise aussi bien Nehru que Mère Teresa.

Ce que j’en ai pensé

J’ai aimé l’écriture magnifique de Pasolini. J’y ai retrouvé l’Inde que j’ai rencontré l’année dernière, car même si le pays a indéniablement évolué, c’est terrible à dire, on peut y voir encore beaucoup de ce que décrit Pasolini en 1960.
J’ai aimé le regard terriblement humain et parfois naïf de l’écrivain voyageur.
J’ai beaucoup aimé chaque tête de chapitre le résumé de l’aventure – car oui, voyager en Inde devait être une sacrée aventure en 1960 – à venir, par exemple :

Pénible état d’excitation à l’arrivée. La Porte de l’Inde.

Coupe, naturellement fantasmagorique, de Bombay.

Une foule énorme, vêtue de serviettes.

Moravia va se coucher : ma démonstration d’intrépidité, en m’aventurant dans la nuit indienne.

La douceur de Sandar et de Sundar.

Voilà donc un témoignage passionnant pour qui a visité ce pays ou s’y intéresse.
 
Un bel hommage à ce pays – si insaisissable aux européens – et à la douceur des hindous.

Extraits

(il m’a été très difficile de faire un choix tant il y en a à citer)

Et les vaches sur les routes qui se mêlaient à la foule, qui s’affalaient parmi les affalés, flânaient parmi les flâneurs, s’immobilisaient parmi les immobiles.

Il suffit de considérer leur manière de dire oui. Au lieu de hocher la tête comme nous, ils la secouent, comme quand nous disons non : la différence de geste n’en est pas moins énorme. Leur non qui signifie oui consiste en une ondulation de la tête (…), avec tendresse, dans un geste empreint de douceur.

Dans l’eau du Gange, on plonge les cadavres avant de les brûler ; dans l’eau du Gange, on jette, non brûlés, mais alourdis de deux dalles, les saints, les varioleux et les lépreux ; dans l’eau du Gange, flottent toutes les immondices et les charognes d’une ville qui, pratiquement est un lazaret, puisque les gens viennent y mourir. Eh bien, dans ces eaux, on voit des centaines de personnes qui se lavent avec soin, en s’y plongeant benoîtement, en y restant immergés jusqu’à la taille, en s’y rinçant mille fois, en se lavant la bouche et les dents : le tout accompagné de gestes mécaniques et névrotiques, faits avec beaucoup de naturel, presque avec désinvolture, comme toujours dans les rites indiens.

La tradition des castes est un cancer qui s’est étendu et enraciné dans tous les tissus de l’Inde. Nehru a assez de prestige pour pouvoir essayer de l’extirper par la force : à moins que lui aussi ne se souvienne un peu trop qu’il est brahmane.

(…) nous regardons à la dérobée, de plus près, ces pauvres morts qui se consument sans ennuyer personne. Jamais, en aucun lieu, à aucune moment, dans un autre acte, durant notre séjour indien, nous n’avons éprouvé un aussi profond sentiment de communion, de tranquillité, et, presque, de joie.

Un autre billet fort intéressant à découvrir chez Entre mer et maquis.
Un livre qui convient parfaitement au challenge « Bienvenue en Inde » de Hilde et Soukee.
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12 réflexions au sujet de « L’odeur de l’Inde – Pier Paolo Pasolini »

  1. je suis rentrée d’Inde il y a 10 jours, et les images et les souvenirs sont si nombreux et divers que je ne suis pas encore parvenue à écrire sur le sujet … Ce livre a l’air fascinant !

  2. @ The parisienne : un pays si fascinant en lui même, non ??

    @ Anouchka : Ce livre me parle beaucoup plus depuis que j’y suis allée. Pour « rentrer » dans la culture, j’avais préféré lire avant des romans tels que « L’équilibre du monde » de Rohinston Mistry, passionnant !!

  3. Merci pour ce billet ! Je le note dans le récap’ du mois !
    Je t’ai rajoutée pour la LC de Tagore et j’attends l’avis de Hilde pour fixer à fin juin la LC de la colère des aubergines.
    Bonne continuation !!

  4. Ahhhhhhh une amie me l’a offert avt de partir m’installer en Inde, et comme toi, je ne l’avais pas fini à temps…
    Cependant une fois là-bas j’ai lu un livre d’un auteur français (dont le nom m’échappe temporairement) qui faisait une relecture de ce bouquin… et du coup je m’y suis replongée une deuxième fois!! Que de souvenirs…

  5. Voilà un livre que j’avais repéré à sa sortie en poche, mais que j’avais un peu oublié depuis ! J’étais d’ailleurs persuadée qu’il avait été écrit par Albeto Moravia … Heureusement que les blogs sont là pour nous rappeler tous les livres que l’on rêve de découvrir ! Et puis, l’Inde et sa fascination …

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