Littérature cambodgienne

A l’ombre des arbres millénaires | In the shadow of the banyan – Vaddey Ratner

banyan

Un livre d’une incroyable puissance.

Avril 1975,  les Khmers rouges arrivent au pouvoir et vident les habitants de Phnom Penh en quelques jours. S’ensuit un exode forcé vers les campagnes pour des millions de Cambodgiens.

Violences et humiliations quotidiennes, séparations des familles, déplacements continuels, travaux forcés dans les rizières, construction de barrages à mains nues, sous alimentation, tout cela sera le quotidien des cambodgiens qui arrivent à survivre.

Ceux qui ne seront pas assassinés sauvagement, meurent de famine, de maladie, d’épuisement. C’est le génocide cambodgien qui fera plus d’un million de morts soit 1/4 de la population du pays (ces chiffes sont des estimations) .

A travers l’histoire de Raami qui a 7 ans quand les Khmers rouges arrivent au pouvoir, l’auteur nous raconte sa propre histoire, celle de sa survie.

Avant l’arrivée des Khmers rouges, Raami vivait dans des conditions très privilégiées, son père étant un descendant de la famille Royale. C’est un poète reconnu. Il transmet à sa fille l’amour des mots et des histoires, la capacité d’imaginer et de rêver mais surtout une force de vie incroyable.

Pour tenter de sauver sa famille, il va se sacrifier. De la famille de Raami, seule elle-même et sa mère vont s’en sortir.

C’est un livre d’une grande beauté, on y lit des scènes d’une extrême violence (toujours racontée à travers les yeux de Raami) mais aussi des descriptions magnifiques (de la campagne, des rizières) emplies de poésie et de douceur. Il y a aussi les passages des poèmes et lettres du père, superbes.

C’est un livre sur la transmission, l’importance des mots et des liens qui unissent les hommes.

Ce livre est aussi un hommage au père sacrifié mais aussi à cette mère grâce à laquelle Raami/l’auteur a survécu. Un livre qui bouleverse totalement parce qu’il décrit le pire de l’humanité (la cruauté sans nom des Khmers rouges) mais aussi le meilleur (cette force indéfectible de la jeune fille et de sa mère). C’est également un hommage à tous ceux qui vont aider Raami et sa mère pendant leur lutte, il y a ainsi ce couple Pok et Mae qui va les prendre sous leurs ailes. Les passages qui leur sont dédiés sont magnifiques.

J’ai beaucoup versé de larmes pendant ma lecture, devant l’horreur perpétrée et racontée mais aussi face à la beauté des mots.

J’ai lu ce livre en anglais (il a été rédigé dans cette langue par l’auteur qui l’a appris en arrivant aux Etats-Unis), je ne savais pas qu’il venait tout juste de sortir en France, c’est d’ailleurs vraiment dommage qu’on n’en parle pas plus. Il me semble tellement essentiel que la littérature s’empare enfin de ce sujet-là (il y a bien évidemment des livres comme L’élimination de Rithy Panh mais qui est un livre de témoignage).

Un livre nécessaire et précieux.

C’est le premier roman de Vaddey Ratner qui vit aujourd’hui aux Etats-Unis.

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