Littérature américaine·Mes indispensables

Sur la route, le rouleau original – Jack Kerouac

J’ai enfin lu ce livre mythique dans la version originale non « cuttée » qui vient d’être éditée, et ça valait la peine d’attendre : c’est une histoire folle que ce livre et un grand moment.

L’auteur

Jack Kerouac est né en 1922 et mort en 1969 aux USA. Il est connu pour son style rythmé et immédiat qu’il nomme « prose spontanée ». Ses œuvres narrent de manière romancée ses voyages à travers les États-Unis.

Ses écrits reflètent cette volonté de se libérer des conventions sociales étouffantes de son époque et de donner un sens à son existence. Un sens qu’il a cherché dans la drogue, dans l’alcool, dans la religion et la spiritualité, et dans une frénésie de voyages. 

Jack Kerouac et ses écrits sont vus comme précurseurs du mode de vie de la jeunesse des années 1960, celle de la Beat Generation, qui a ébranlé la société américaine dans ses certitudes.

Sur la route, le roman le plus connu de Kerouac, est une ode aux grands espaces, à l’épopée vers l’ouest, à la découverte de mondes nouveaux.

 

Ce livre écrit en 3 semaines, sur un seul « rouleau » de papier de près de 40 mètres de long (symbolisant la route), sans chapitres ni même paragraphes, a été pour la première fois édité en 1957 mais dans une version complètement épurée et remaniée.
Aujourd’hui, c’est la première fois que le texte original est publié. (cf dessous l’histoire de l’édition de ce livre)* 

Jack Kerouac y raconte ses nombreux voyages et errances dans les USA post guerre (entre 1947, 1948 et 1949).

Ce que j’en ai pensé

Ce livre est un voyage à lui tout seul et dans tous les sens du terme. On s’y perd parfois, souvent même, on y fait de belles rencontres, ça part dans tous les sens (est > ouest, ouest > est, est > sud…).  

Il y a une vraie frénésie, ça va très vite – au rythme de la conduite folle de Neal et au son du jazz et du be-bop –  c’est complètement fou et assez désespéré aussi. Mais avec toujours cette notion de liberté, de repousser les limites et de refuser les contraintes de l’époque.

On y croise d’autres personnalités majeures de la Beat generation, telles que Allen Ginsberg, William Burroughs et le fameux Neal Cassady, compagnon de route de Kerouac et accessoirement complètement fou, qui est au fond le vrai héros du livre.

L’intérêt majeur de cette réédition : c’est le texte original avec les noms réels de chacun. A été « remis » ce qui avait été considéré comme non politiquement correct à l’époque (homosexualité, drogues…), pas de corrections, pas d’ajout de ponctuation. Le texte brut.

Pour exemple, la première phrase de l’édition de 1957 et celle « originale » :
« J’ai connu Dean peu de temps après qu’on ait rompu ma femme et moi » vs « J’ai rencontré rencontré  Neal pas très longtemps après la mort de mon père ».

La version d’aujourd’hui ne se termine pas, le bout du rouleau ayant été dévoré par un chien.

Que rajouter, à part que je suis juste heureuse d’avoir lu ce livre mythique, qui plus est dans cette version là.

Extraits

« Naturellement, en y repensant aujourd’hui, je vois bien que c’est la mort et rien d’autre ; c’est la mort qui nous rattrapera avant qu’on monte au ciel. La seule chose qu’on souhaite ardemment, tous les jours de la vie, celle qui nous fait soupirer, gémir, éprouver toutes sortes de bouffées de douceur écœurante, c’est le souvenir de la béatitude perdue qu’on a dû connaitre dans le ventre maternel, et qui ne peut se retrouver – mais on ne veut pas l’admettre – que dans la mort. »

………………………

« …pour retrouver la pureté de la route… la pureté du voyage, de la destination, quelle qu’elle soit, le plus vite possible, dans le frémissement et la jouissance de tous les possibles« 

……………………….  

 » Ma garce de vie s’est mise à danser devant mes yeux, et j’ai compris que quoi qu’on fasse, au fond, on perd son temps, alors autant choisir la folie. »

………………………..

« C’est quoi, ta route, mec ? Celle du saint, celle du fou, celle de l’arc-en-ciel, celle de l’idiot ? N’importe comment, n’importe quoi peut prendre n’importe quelle route aujourd’hui. Où, toi, comment ? » 

Pour finir, Pickwick en parle très bien et la Ruelle Bleue aussi ici.
Voir aussi l’article du Nouvel obs et de libé

Voir mon second article

* L’histoire de Sur la route
1940 : Where the road begins (nouvelle)
1947 : année du premier voyage. Kerouac commence à accumuler des carnets

et cahiers de notes pour écrire un roman de la route.
23 aout 1948 : il annonce pour la première fois le titre du livre Sur la route

13 juin 1949 : Kerouac annonce qu’il écrit le vrai début de Sur la route.
Aout 1949 : Kerouac annonce qu’il écrit un nouveau Sur la route.

Il fera la même annonce en novembre 1949.
Aout 1950 : il écrit un premier manuscrit plus personnel intitulé Gone on the road. Les éditeurs lui conseillent de revoir son texte.
Décembre 1950 : Kerouac écrit un texte de cinq pages, autobiographique, intitulé Souls on the road.
Entre fin 1950 et le printemps 1951, ses lectures lui font opter pour un style linéaire et oral.
2-22 avril 1951 : rédaction de On the road sur le rouleau de téléscripteur.
22 mai 1951 : Kerouac annonce que le rouleau est prêt.
Juillet 1953
: il annonce qu’il travaille à une nouvelle version de Sur la route à partir d’un manuscrit de 347 pages.
Novembre 1953 : les éditions Viking refusent le second manuscrit de 297 pages.
Entre 1954 et 1955 Kerouac décide de renommer son texte Beat generation.

1955 : Kerouac annonce qu’il acceptera tous les changements pour faire publier son texte
Juillet 1956 : une partie de Sur la route paraît dans la Paris review.
Septembre 1956 : Les éditions Viking acceptent le texte sous le titre On the road sous conditions.
5 septembre 1957 : Parution.

Une interview de l’écrivain, en français (avec l’accent québécois en prime, le français était sa langue maternelle)

et une autre vidéo de Kerouc lisant On the road

Facebook Comments
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...
Tweet about this on TwitterShare on FacebookEmail this to someonePin on PinterestShare on Google+Share on TumblrDigg thisPrint this page

36 réflexions au sujet de « Sur la route, le rouleau original – Jack Kerouac »

  1. Ouh ton billet est extrêmement complet!Bravo…
    Sinon, je suis toujours en train de le lire… Je suis à SF…
    En fait je ne connaissais absolument rien sur ce livre, son auteur, et ses copains (Ginsberg, Cassady, etc…), donc, qu’on garde les vrais noms ou qu’on les change, ne me fait rien à la lecture. De même c’est assez facile à lire, il y a ponctuation, dialogues, etc… donc le côté « brut de décoffrage » n’est pas si difficile. Surtout que Kerouac avait déjà pensé à son livre avant, alors qu’on a parfois l’impression qu’il s’est attablé à sa machine et a tout tapé directement.Tu rappelles bien cela dans ton billet.Pour ma part, je lis les introductions au roman (100 pages quand même!) en parallèle avec le roman lui même.
    Finalement je me demande si je ne passe pas à côté… Un roman époustouflant et génial, mais pas pour les raisons que l’on donne habituellement…J’y vois pour l’instant un instantané de l’Amérique, enfin, d’une certaine Amérique.

  2. j’ai adoré ce livre, meme si la version dont tu parles est sortie pendant que je le lisais, et j’aurais aimé lire celle-ci… mais comme je n’exclue pas de le relire un jour, sur la route des vacances par exemple, j’aurai sans doute l’occasion de remédier à celà…

  3. C’est une lecture qui me fait envie depuis un moment mais j’étais freinée par ce qu’on disait de l’écriture, je suis ravie d’avoir des avis de lectrices aussi complets et aussi variés, en passant merci pour les liens vers deux blogs que je ne connaissais pas, super !
    Un billet très intéressant et très complet bravo

  4. Bravo Delphine pour ce billet et merci pour ton lien vers le mien !

    A noter : mercredi 18 sur France culture à 16h00, dans une émission spéciale sur les fifties, on pourra retrouver Kerouac, Ginsberg et Burroughs…

  5. @ Keisha : oui, je pense qu’il faut lire ce livre d’une traite, moi j’ai eu du mal à le lâcher (sinon je m’y perdais encore plus)
    J’avais commencé à lire les intros et puis je les ai laissées de côté, j’avais hâte de publier ce billet, je vais les lire maintenant. Il y a tant et tant à dire sur ce livre fou. C’est effectivement la voix d’une certaine Amérique, c’est passionnant en tout cas.

  6. Wow, j’ai des frissons rien qu’à lire ton billet ! Très très heureuse que tu ais eu un tel ressenti sur cette lecture, pour moi elle fera date, il y aura un avant et un après !

  7. C’est marrant car je m’apprête à publier un billet sur les Cahier d’esquisse de Jack Kerouak, après en avoir juste terminé la lecture. Ce sont les notes que Kerouak notait tous les jours dans ses petits carnets, impressions prises sur le vif lors de ses voyages, parfois poétique, parfois incompréhensibles car incomplètes ou en prise de note, parfois déprimantes mais émouvantes, car il se livre à des pensées intimes et tristes… Je pense que ca complèterait parfaitement ta lecture ! (ca et le petit pamphlet La disparition du vagabond américain, dans lequel il expose sa tristesse de voir les « clochards » disparaître, être discriminés)
    Quand à moi, Sur la route, je n’ai jamais réussi à le terminer, à chaque fois je m’arrête au troisième ou quatrième chapitre, même si j’ai très envie comme toi de le lire. Le personnage me fascine. Merci pour ces interviews, c’est génial de pouvoir enfinmettre un visage et une voix sur cette personnalité ! Et en plus,la première est vraiment drôle

  8. Et là je me sens un peu seule, car je n’ai pas réussi à accrocher avec ce livre, je l’ai entamé il y a de longs mois déjà et ne l’ai toujours pas terminé aujourd’hui…

  9. @ La ruelle bleue : merci pour cette info !

    @ Violette : je peux comprendre que ce livre soit « difficile » à lire, surtout cette version là.

    @ Lilboo : merci pour ces infos

    @ toutes : il y a tant à dire sur ce livre et sur l’auteur !!!!

  10. Quel beau billet… Et qui me donne envie de ressortir ma vieille version qui m’attend depuis une éternité dans ma PAL. Je ne sais pas pourquoi je n’ai jamais eu l’envie de me lancer dans ce livre jusqu’à présent…

  11. Un livre que j’ai noté dans ma LAL depuis des lustres et tu me donnes vraiment envie de l’ajouter à ma PAL très rapidement, surtout après la publication de cette version non-censurée.

  12. Très intéressant, ce billet! Bon, moi, je me suis un peu ennuyée dans ce livre (ok… un gros peu) mais je me rappelle avoir eu le goût de partir sur un méchant nowhere suite à cette lecture!

  13. Oui c’est un article très étoffé sur la génèse de Sur la route de Kerouac,roman unique en son genre. Pour ma part c’est le seul roman que j’ai lu d’une traite…Et encore merci pour toutes ces précisions sur un des romans que je préfère

    Je me permets de rajouter ce petit détail et vous invite à tenir compte de l’époque de la rédaction du rouleau. Dans les années 50, les USA connaissent encore la ségrégation, l’esprit puritain prédomine et ce type de littérature est « provocatrice », c’est aussi un roman qui décrit bien la nécessité pour certains de s’émanciper de ces conventions sociales. Cette version originale non cuttée doit permettre de mieux comprendre cette époque, proche et bien différente de celle que nous vivons…Merci encore

  14. Il y a longtemps je l’avais commencé sans jamais le finir en français. Je n’avais pas vraiment accroché. Mais après avoir lu ton article et vu les vidéos j’ai très envie de lire la version d’origine en anglais.

  15. Je suis venue depuis le blog de Keisha parce que je voulais voir la carte des voyages. A l’époque où j’avais lu Sur la route, j’avais tracé le parcours de Kerouac sur mon Atlas de poche. Que de souvenirs. Ca fait un moment que je dois le relire.

  16. et ben moi je l’avais dans ma bibliotek depuis longtemps, et y a 4 jours je l’ai pris avec, pour mes longs trajets en tram, et je suis émerveillée!!! faut dire que je reviens de san francisco, et ça me faiit rêver!!! je vous le conseille, à tous ceux qui l’ont laissé de côté, mais il faut quand même savoir « ce » qu’on va y trouver!!!

  17. C’est un drôle d’histoire…
    Sinon, je veux lire ce livre depuis des lustres (j’adore la littérature américaine, et c’est un incontournable), mais seule l’ancienne version est en poche donc je vais patienter un peu.

  18. Je découvre ton commentaire dythirambique, je voyais bien l’engouement ca et la mais comme je l’ai lu en 1975 (eh oui! No comment), je ne savais pas que c’était « cutte ». Il fait partie des livres qui ont change mon adolescence, c’était la post-revolution a l’époque, Kerouac était l’idole absolue.
    Je vais attendre la version poche itou.
    Je pense qu’il est l’initiateur du style « road movie » américain, mais personne ne l’a encore égalé en authenticité.

  19. Ma prof d’anglais n’a pas arreté de nous le conseiller et vu les commentaires très enthousiastes, je crois qu’il va falloir que je le lise dans les plus brefs délais !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *