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Des vrais lecteurs ? Des faux lecteurs ?

Une citation de Nancy Huston, que pourtant j’admire beaucoup, me pose question. En effet, sur le livre de Sofi Oksanen, Purge, qu’elle a défendu ici en France et fait connaitre est écrit :

Un vrai chef d’oeuvre. Une merveille. J’espère que tous les lecteurs du monde, les vrais, liront Purge.

Qu’a-t-elle voulu dire par “vrais” lecteurs ? Qu’il y en aurait des faux (=des mauvais) ? Mais encore que ce livre doit être lus par des vrais lecteurs et non des faux ?

Beaucoup d’arrogance et de mépris contenus dans ce mot qui me gêne fortement.

D’un coup, je ressens tout l’élitisme de cette femme et je suis déçue. Fortement. De m’imaginer que cette femme n’écrit que pour un type de lecteurs bien particulier, ce qu’elle appelle des vrais lecteurs, des lecteurs qui en quelque sorte méritent de lire ses écrits.

Et vous, que comprenez-vous par ce terme ?

Edit : certains commentaires disent qu’il faut entendre cette phrase ainsi : les vrais lecteurs sont pour Nancy Huston ceux qui lisent par passion et envie et non les journalistes ou critiques. Je trouve ça assez cohérent et je suis sûre que si avait le contexte de cette phrase, on comprendrait tout de suite si c’est bien ce sens là qu’il faut voir. Il faut l’espérer en tout cas.

Ici et là, des livres, des mots sur tout et rien. Et des livres, encore et toujours.

39 Comments

  • leslivresdegeorgesandetmoi

    J’avoue que j’ai du mal à comprendre cette phrase, car juxtaposer “tous les lecteurs du monde” (universalité) puis aussitôt restreindre à une certaine catégorie (“les vrais”) me paraît très contradictoire. si encore au lieu de “lire” elle avait écrit “aimer” je crois que l’on aurait mieux compris sans pour autant être d’accord car, tu le dis le problème est de savoir ce que l’on entend par vrai et faux lecteur ? d’autant que je n’ai pas envie de lire ce roman et donc je tombe dans la catégorie des faux lecteurs ??? bizarre !

  • Tulisquoi

    Oui, ça m’a choquée aussi. Les “vrais” lecteurs seraient ceux qui aiment ce livre ? Je suis donc une fausse lectrice vu que je n’ai pas été totalement convaincu… Bah, pas grave, je donc continuer avec un faux blog de lecture ;)

  • Olivia Billington

    J’ai déjà lu un débat à ce propos, mais je ne sais plus où. Je fouille ma mémoire et je reviens… ;)
    Amusant que tu en parles maintenant, car je viens justement de commencer la lecture de Purge et, franchement, je peine à entrer dans l’histoire.
    Ah, je me souviens, sur un forum de littérature, Parfums de livres, que je fréquente de temps à autre (beaucoup moins pour le moment), ici : http://parfumdelivres.niceboard.com/t5978-le-coming-out-du-lecteur-pretentieux (tu vires le lien Delphine si cela t’ennuie, bien sûr). ;)

  • Mnêmosunê

    Vu comment est tournée la phrase, je pense que “les vrais” se réfèrent aux lecteurs aguerris, qui ont un bagage de culture littéraire (j’allais ajouter “classique” mais en y repensant pas forcément).
    Je n’ai pas lu ce livre donc je ne peux pas juger, mais peut être que quelqu’un qui lit régulièrement des “romans de gare” ou de la “chicklit” ne saura pas, selon elle, apprécier à sa juste valeur l’ouvrage ?
    J’en sais rien…

    • Delphinesbooks

      Et bien justement, c’est très gênant comme discours. Il faut arrêter l’hypocrisie d’accord, mais chacun est libre de lire et d’apprécier ce qu’il souhaite. Là, on dirait que ce livre ne mérite d’être lu que par des pontes, c’est nul…

  • chocoladdict

    pour travailler depuis 11 ans dans le milieu culturel, j’ai constaté un élitisme culturel qui confine parfois à ce que j’appelle un intégrisme culturel (les bonnes lectures, les bonnes musiques, les bons films, etc…)…je ne me sens pas en phase avec cela, peut-être parce que je n’ai pas que des gouts de la haute culture loin de là…

  • Kaeru

    Je n’ai lu de Nancy Huston que le “journal de la création”. J’ai ressentis ce livre comme assez élitiste, dans le sens où il demande un effort et c’est au lecteur de le fournir. Ne pas faire de concession dans son écriture et, par conséquent, s’adresser à un public plus restreint ne me choque pas. J’aime quand on “tire vers le haut”.

    Cependant, la phrase que tu cites, Delphine, est assez étrange. Je m’interroge en effet sur la définition de “vrais lecteurs”. J’ai tendance à penser que lire, même de la bit-lit ou des romans à l’eau de rose, c’est déjà positif et enrichissant. Même si, je ne considère pas le même façon quelqu’un qui ne lit que des ouvrages “fast food” je n’irai pas les qualifier de “faux lecteurs”.
    En effet, il y a dans l’expression de Nancy Huston quelque chose d’assez arrogant… De toutes façons, moi je suis une fausse lectrice vu que je lis de la SF et des mangas :P !!!

    Plus sérieusement, il ne s’agit que d’une seule phrase, même si elle dérange et choque, cela n’enlève pas les vertus de Huston. Je comprends que tu sois déçue, mais c’est peut-être juste une maladresse :)
    (je suis une indécrottable optimiste !)

    • Delphinesbooks

      J’ai toujours aimé l’écriture de Huston et je n’avais pas cette vision d’elle jusqu’à maintenant, j’aurais envie de croire que c’est peut être une maladresse de sa part, mais je n’y crois guère.

  • Uty - Ecribouille

    Je déteste ce genre de positionnement snobisme… La magie et le plaisir de la lecture est bien le fait qu’il suffit d’être alphabétiser pour l’apprécier.
    Quelle est la différence entre un vrai et un faux lecteur ? C’est idiot…
    Une forme d’élitisme qui vise certainement les personnes de culture littéraire avancée. Mais un bon livre est aussi celui qui sait avoir différents niveaux de lecture pour toucher de la même manière. Et c’est là tout le talent de l’écrivain, savoir manier l’expression.

    Cela donne presque envie d’être un faux lecteur !

  • Alexandra

    Je ne sais pas si le mot a été choisi à propos ou malencontreusement. Peut-être que les “vrais” lecteurs sont ceux qui lisent quelque chose sans y être forcés par exemple. Ceux qui lisent “pour le plaisir”. Mais la distinction vrai/faux est assez ambigue. Je pense qu’il ne faut pas tirer de plan sur la comète en s’outrant – à tort ou à raison. Peut-être bien que Nancy Huston fait une différenciation au niveau qualitatif, mais alors ce serait un jugement sur l’ensemble de la littérature. Peut-être que non. Je crois qu’on ne saura jamais vraiment.

  • Emeralda

    N’est-ce point tout bête un problème de traduction même si l’auteur écrit aussi en langue française ? Pour elle, ce n’est peut-être à prendre au sens littérale ? Sinon effectivement, cela me gène assez.

  • Paumadou

    Les vrais lecteurs ? Alors ce sont ceux qui achètent des livres (ses livres sans doute, les autres c’est plus douteux), ceux qui les lisent aussi (mais pas forcément).
    Les faux lecteurs ? Ceux qui pirrrrrrrratent sans doute, parce qu’on ne peut pas les compter dans le nombre officiel de lecteurs basés sur les ventes. Bon dans ce cas, tu ajoutes aussi ceux qui achètent les livres d’occase, qui vont à la bibliothèque, parce qu’en fait, ils ne sont pas vraiment intéressés par ce qu’elle écrit. Et le Bookcrossing ? Pouah ! Les gueux !

    Pour l’élitisme culturel, ça m’arrive de lire des trucs vraiment nuls et d’aimer (bon souvent c’est une partie de fou rire, mais sur certaines séries de bit-lit à rallonge, j’ai accroché… alors je me déculpabilise en lisant Balzac et Zola à côté), et je pense qu’on n’est pas un VRAI lecteur tant qu’on a pas lu un harlequin (y’en a des bons ! XD ) ou le nouveau détective. Vraiment, ce sont dans ces oeuvres-là, celles du peuple qui parlent au peuple, qu’on voit la vraie poésie de la langue français, qu’on peut vraiment s’insurger sur la société… bon j’arrête (qu’est-ce qu’on peut en écrire des bêtises parfois !)

  • ggiselle

    je pense qu’il n’existe pas de faux ou de vrais lecteurs, mais seulement des écrivains qui restreignent leur cible ou qui, en vérité, ne savent pas toucher tout le monde (enfin, un grand nombre). mépriser les romans populaires est malheureux car, hé bien, c’est sont eux qui deviennent des best-sellers, non.

  • heidi

    Et si les “vrais” et “faux” lecteurs se rebiffaient et n’achetaient plus les “vrais” livres mais les empruntaient à la bilbliothèque, ça lui clouerait le bec !
    L’arrogance comme art de vivre et un peu d’eau fraîche devraient lui suffire.

  • Allie

    Je ne sais quoi en penser… J’ai aimé ce que j’ai lu de Nancy Huston. Par contre je m’interroge à savoir ce que sont les “vrais lecteurs” selon elle… Je n’aime pas le snobisme culturel. Il me semble qu’on ne catégorise pas les gens selon ce qu’ils savent, ce qu’ils lisent… Je pense qu’on peut aimer la chick litt et avoir envie de lire un classique, ou être un lecteur d’essai assez pointus et prendre grand plaisir à lire des polars. Je ne sais pas. J’ai du mal avec ce regard jeté de haut sur ce que les gens lisent. Il me semble que de lire, c’est déjà bien non?
    De toute façon, il y aura toujours ceux qui croient qu’il y a de la “vraie” littérature et parallèlement des sous-genres comme la jeunesse, le polar, le fantastique, la bd… Bref, c’est un débat qui n’en fini plus depuis des années et des années, et qui prend toutes sortes de variantes au fil du temps. Ça me tanne un peu ces gens qui lèvent le nez sur les autres…

  • Elleirame

    Bonjour,
    pour moi, j’entends “vrais lecteurs” comme ceux qui ne sont pas forcément critiques littéraires,etc. mais bien les “vrais” ceux qui lisent des livres pour leur plaisir, qui parfois ne vont pas jusqu’au bout, qui aiment ou n’aiment pas. Les “vrais”, c’est toi, lui, elle, nous, eux , elles vous et les autres. Lecteurs et lectrices de toutes “catégories”. Les “faux” seraient donc ceux et celles pour qui cela est un métier (même s’il est fait avec passion), un fond de commerce…

  • estellecalim

    J’ai lu il y a peu de temps sur un blog un article intéressant concernant ces bandeaux rédigés par des écrivains chevronnés à propos des livres de jeunes auteurs.
    En réalité, Harlan Coben, Anna Gavalda et Nancy Huston sont (il me semble) les trois auteurs les plus cités sur les livres des autres en France. C’est une pratique très courante aux Etats-Unis et la mention d’un écrivain sur le bandeau est considérée à l’aune de n’importe quelle publicité. Ils ne commentent que les livres qui sont édités chez leur éditeur et sont payés pour le faire. Certains exigent d’avoir au moins accès à une épreuve non corrigée, mais d’autres ne le font même pas.
    Sur le blog dont je parle plus haut, il y avait une liste des petites phrases d’Harlan Coben, toutes plus lisses les unes que les autres, et sans réel intérêt en réalité.
    Il est donc surtout dommage que les auteurs français se laissent aller à ces procédés marketing qui ne signifient pas grand chose, notamment quand ils le font d’une manière aussi maladroite qu’ici.

  • Mademoiselle lit

    J’ai d’abord compris cette phrase comme visant les “lecteurs par plaisir”, opposés alors aux critiques littéraires et autres “lecteurs par profession” (même si la profession est souvent, je l’espère du moins, venue par la passion), tout comme Elleraime l’indique plus haut. En ce sens, cette phrase de Nancy Huston ne fait absolument pas montre d’un quelconque élitisme culturel, bien au contraire. Elle s’adresserait donc bien à tous les lecteurs (et il n’y aurait donc pas contradiction avec le début de la phrase), quoi que les critiques littéraires puissent penser du livre qu’elle défend ici (que je n’ai pas encore lu et sur lequel je ne peux donc me prononcer). Toutefois, je me suis rendue compte en lisant les commentaires que mon interprétation de cette phrase n’était pas si limpide et que celle-ci pouvait tout-à-fait s’entendre dans deux sens opposés, l’expression utilisée étant effectivement bien moins claire qu’elle ne me l’était apparue de prime abord. Du coup, je ne suis plus certaine de ce qu’a voulu exprimer par là Nancy Huston et je m’en trouve bien perplexe. D’où l’intérêt de bien choisir ses mots !

  • Delphinesbooks

    @ tous : Merci pour vos commentaires !
    Je me dis peut être que cette phrase est prise ici hors de son contexte et qu’effectivement Nancy Huston parle des “vrais lecteurs” en opposition avec les lecteurs “professionnels” (critiques, journalistes). Cela montre en tout cas qu’une phrase hors de son contexte peut prendre pleins de sens différents et en tout cas être ambiguë. Ce qui est gênant c’est que l’éditeur lui n’a eu aucune scrupule à mettre cette phrase là….

  • Mélo

    Juste comme ça, c’est marrant parce que l’expression “vrais lecteurs” s’est retrouvée (si ma mémoire est bonne) dans les commentaire du billet de George sur Marc Levy et cie… (Veux pas jeter de l’huile sur le feu hein, mais ça m’y a tout de suite fait penser).

  • Yspaddaden

    Bon d’accord, le snobisme/élitisme culturel c’est mal. Mais enfin, il faut bien dire qu’il y a des lecteurs qui lisent des livres plus complexes que d’autres, non ? Lire Marguerite Yourcenar et Katherine Pancol, ça n’est quand même pas pareil… Mais de fait qu’on lise Pancol ou Yourcenar, on reste un lecteur. Un vrai lecteur, c’est certainement pour elle des lecteurs capables de lire, mais surtout d’apprécier (parce que quand on peut lire la comtesse de Ségur, on peut lire Nietzsche, ce ne sont jamais que des mots) des textes plus exigeants, comme “Purge” (que par ailleurs je n’ai pas apprécié, je m’en retourne donc aux malheurs de Sophie…).

  • enna

    Bonsoir, je me glisse dans la discussion..
    Cette phrase me fait penser à ce que Claire Gratias (une auteur jeunesse) a dit à mes élèves lors d’une rencontre, quand elle a répondu à leur question sur les lecteurs pour lesquels elle écrivait…Elle leur a répondu en citant André Gide : « Tant pis pour le lecteur paresseux : j’en veux d’autres. » Elle a expliqué qu’elle faisait le pari d’écrire pour le lecteur persévérant qui ne veut pas renoncer, qui ne se laisse pas décourager. Expliquant que certains romans sont plus difficiles au début mais ils valent la peine de continuer… Peut-être était ce la même idée?

    • Delphinesbooks

      Merci de te glisser dans la discussion, au contraire !
      C’est peut être ça. De toute façon, on fait beaucoup de suppositions et d’hypothèses, j’aurais bien aimé avoir son interprétation à elle !

  • Nath (Miss Café)

    Cela me dérange beaucoup aussi…. Ma grand-mère de 90 ans lit des romans à l’eau de rose, des romans “du terroir”… et nous en parlons avec plaisir… Elle serait donc une fausse lectrice? Non! Non ! Non! La lecture est à tout le monde… Chacun a le droit de choisir ses lectures…. A bas l’élitisme littéraire….
    Tu sais, à la fac, j’ai fait mon mémoire de maîtrise sur l’illétrisme: c’est effrayant de voir les complexes des gens par rapport à la lecture et à ce type d eraisonnement….
    Lire! Lire! Lire!!!!! C’est tout ce qui compte….
    Bisous!!!

  • Asphodèle

    Faut que je vienne mettre mon grain de sel (malgré tout et vite fait…) ! Cette phrase est redoutable d’ambiguité car opposer vrai à faux, c’est sous-entendre bon ou mauvais. Et on peut lire Yourcenar ET Pancol, en sachant très bien ce que l’on va chercher chez l’une et chez l’autre, sans pour cela avoir un QI de poisson rouge ! Je dis qu’à partir du moment où on va jusqu’au bout d’un livre (quel que soit son “niveau”), c’est déjà bien ! Après, les étiquettes on en met ou pas, on juge ou pas, mais je trouve cela très nul et peu cohérent venant d’elle ! Cela dit, bien qu’aimant cette auteure énormément, je ne suis pas encore allée au bout de “Lignes de faille” !! Et quand une auteure se met à blurber à tout va, je trouve cela très moyen également, serait-elle en passe de devenir un “faux” écrivain ? On peut lui retourner sa remarque !!

  • L'Ogresse

    Moi, je ne comprends pas les choses comme toi. J’ai l’impression que justement elle veut exclure les critiques litteraires professionels et autres journalistes qui ne lisent pas vraiment, qui n’aiment pas vraiment et ne font que de la comm et du copinage – je suis seule a penser comme ca ??

    • Delphinesbooks

      Non tu n’es pas seule ! Si on avait la phrase dans son contexte, on verrait surement tout de suite que c’est là le sens de cette phrase (je l’espère), ce qui me gêne justement c’est cette phrase pleine d’ambiguïté car hors contexte.

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