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Les femmes lisent plus que les hommes (et plus de romans)

On entend souvent cette affirmation, mais a-t-on des éléments pour l’étayer  ? Des chiffres, oui !

Les femmes sont près de trois fois plus nombreuses que les hommes à lire des romans autres que policiers (36% contre 14%). (chiffres 1997)

Un document très intéressant (même s’il date aujourd’hui) fait le point sur les différentes études autour des pratiques de lecture en France et en Europe. >> Sociologie de la lecture en France : état des lieux (juin 2000)

Dans les premières enquêtes sur les pratiques autour de la lecture (elles datent des années 60), les femmes lisaient moins que les hommes, aujourd’hui cette tendance s’est clairement inversée.

Enquête INSEE 1967 :  l’INSEE intègre les pratiques de la lecture dans les loisirs. A cette date, 32,4% des Français lisaient au moins un livre par mois, 59,7% un quotidien tous les jours ou presque.

Dans les années 80, d’autres études quantitatives voient le jour, mais elles étudient la lecture dans son ensemble, sans dissocier les genres (hommes/femmes, romans/essais…) ni les périodes de vie.

A partir des années 90, les études se précisent et prennent en considération la place que prennent tous les types de lecture (quotidiens, revues, bandes dessinées, tous les genres de livres). Elles essayent de comprendre le changement de la place, du rôle, de la signification que prend la lecture par rapport aux autres pratiques culturelles, de cerner les manières de lire.

Les femmes se montrent dans l’ensemble plus fortes lectrices de livres que les hommes. Le rapport homme/femme s’est inversé entre 1973 et 1988 : en 1973, on comptait 28% d’hommes et 32% de femmes non lecteurs de livres et 34% d’hommes et 28% de femmes forts lecteurs. En 1988, on ne compte plus que 24% de femmes non lectrices de livres contre 27% d’hommes et 23% de femmes fortes lectrices contre 22% d’hommes : “ […] les femmes arrivent en tête pour la plupart des pratiques liées au livre et à la lecture. ” (O. Donnat et D. Cogneau).

D’autres études à l’échelle européenne montrent :

On retrouve en Grande-Bretagne, comme en Allemagne, en Espagne, en Italie ou en France, la même différenciation entre les hommes et les femmes dans leurs habitudes de lecture : les femmes lisent plus, et elles lisent plus de romans. Elles lisent de manière traditionnelle, des livres “à lire” et non des “livres à consulter”. Ce sont les hommes qui portent leurs choix vers ce deuxième type d’ouvrages.

Etude menée sur les lycéens

L’engouement pour le livre est beaucoup plus fortement marqué chez les filles que chez les garçons (52% contre 26%) et a tendance à décroître au fur et à mesure qu’on grandit (46% chez les 14-15 ans ; 41% chez les 16-17 ans ; 35% chez les 18-19 ans ; 28% chez les 19 ans et plus).

On peut par conséquent avancer que les filles manifestent un goût plus prononcé que leurs homologues masculins pour la lecture au vu à la fois de l’éventail des genres auxquels vont leurs préférences, bien plus vaste que celui des garçons, et de la préférence beaucoup plus marquée qu’elles manifestent pour chacun de ces genres.

Un constat

Aujourd’hui, la domination des femmes dans toutes les activités relatives au livre – lecture mais aussi achat, fréquentation des bibliothèques – déjà perceptible en 1989 s’affirme comme une tendance forte, sensible dès la pré-adolescence. 

Ce document s’interroge en conclusion sur l’avenir de la lecture, du livre & de la littérature avec ce constat alarmant

L’importance acquise par le son et l’image dans l’univers culturel des jeunes générations conduit à s’interroger sur leur capacité à faire fonctionner leur “ imaginaire ” à partir des mots seuls, et pose la question du roman, dont on peut craindre non pas la disparition mais le repli sur un lectorat au profil sociologique de plus en plus homogène.

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Quelques liens qui ramènent vers les mêmes conclusions et d’autres études.

–> Cette synthèse et les autres études ont l’air de pointer que les femmes voient la lecture plus comme un plaisir (qu’elles associent moins la lecture au côté scolaire et rébarbatif). Pour cela, je dirai (et oui allons y !) que les femmes sont l’avenir de la littérature !

Car non seulement les femmes lisent plus de romans que les hommes, mais surtout elles en parlent plus. Voir le nombre de blogs de lectrices par rapport aux blogs de lecteurs et autres clubs de lectrices !

Ici et là, des livres, des mots sur tout et rien. Et des livres, encore et toujours.

8 Comments

  • argali

    La magazine “Sciences humaines” dans son numéro sur la littérature montrait aussi une prédilection des femmes pour la fiction. D’après leur enquête ce sont les livres pratiques qui sont les plus lus suivis des policiers mais les préférés des Français sont les policiers et les romans en général.
    Bel article Delphine.

  • Carmadou

    Très intéressant cet article, parfois je m’interroge et je me demande que deviendrait un pays comme le notre si on n’y lisait plus de littérature? Je suis certain qu’il serait condamné au déclin, que les institutions démocratiques seraient vite en danger, ce serait à terme la victoire du populisme. Alors quel doit être la proportion de lecteurs dans un pays pour qu’il maintienne son niveau de civilisation?

    Par ailleurs, 59,7 % des français qui lisent un quotidien tous les jours en 1967, c’est impressionnant! Je me demande quel peut être ce pourcentage aujourd’hui. C’est d’ailleurs un sujet passionnant si on considère la liberté de la presse comme un pilier de la démocratie, sans lecteur, sans acheteur cette liberté ne s’exerce plus, c’est un danger.
    On rappelle sans cesse au citoyen son devoir d’électeur, jamais celui d’être un acheteur de quotidien, pourtant la liberté de la presse me semble aussi essentiel que le droit de vote.

    Enfin, Je m’interroge également sur la proportion de livres écrits par des femmes actuellement, et de son évolution sur un siècle. Tendons nous vers la parité?

    Merci de ce bel article

    • delphinesbooks

      Malheureusement les chiffres pour la presse sont bien différents aujourd’hui. Aujourd’hui ils ne sont plus que 29 % à lire la presse tous les jours (la faute à internet entre autre). La synthèse Pratiques culturelles des français à l’ére numérique le montre http://www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr/doc/08synthese.pdf.
      Concernant les femmes écrivains, j’ai été assez effarée par l’expo sur les 100 ans de Gallimard qu’on peut voir actuellement et qui réunit une centaine de portraits, il n’y a pas 10 femmes dans le lot… La tendance s’est inversée mais quand même, on part de loin.

  • Sandra

    Alors, là, je suis scotchée par ton article !! Bravo et merci pour toutes ces infos vraiment intéressantes !! J’ai bien pensé à toi aujourd’hui, j’espère que cela s’est bien passé !!

  • Asphodèle

    Article vraiment intéressant et les chiffres font peur ! J’étais une grosse lectrice de presse ayant été habituée dans mes boulots à faire “La revue de presse” tous les matins en arrivant et depuis que j’ai Internet, je n’achète que certains hebdos du mercredi (pas toujours) et un magazine de temps en temps ! Par contre ma consommation de livres (achats, prêts) a doublé malgré le Web ! J’imagine, j’essaie d’imaginer “un Club des Lecteurs”, ça sonne bizarre…Mais notre société est encore patriarcale, c’est indéniable.

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