Club des lecteurs numériques,  Littérature française

Rien ne s’oppose à la nuit – Delphine de Vigan

J’ai reculé pour lire ce texte car il était partout, le sujet était lourd, je venais de lire Et rester vivant où Jean-Philippe Blondel évoque aussi les drames de sa vie. Beaucoup de raisons de ne pas lire ce livre, j’ai eu l’occasion de le recevoir en numérique et je me suis lancée.

Donc, lecture éclair, en une journée, dans une sorte de transe.

J’ai aimé le portrait donné d’une femme extrêmement courageuse, qui se bat contre elle-même, contre sa famille, la société et pour ses filles. L’auteur dresse en même temps le portrait d’une famille anéantie par les drames, les maladies et écrasée par les non-dits sur plusieurs générations.

J’ai moins aimé participer au cheminement de l’écriture qui ne m’a pas vraiment intéressée parce que je l’ai trouvé un peu artificiel.

Au final, on se sent un peu voyeur face à un tel livre, face à tant de drames. J’avoue que je comprends assez mal l’engouement face à ce livre. Certes il permet à l’auteur de tenter de comprendre pourquoi sa mère a été malade toute sa vie et pourquoi elle-même a subi aussi cela, il lui permet de faire un travail de catharsis mais aussi de rendre un bel hommage à sa mère, mais pour nous lecteur, à part que de voir que de tels drames sont possibles dans une famille, j’ai du mal à en voir l’intérêt…

On a beaucoup évoqué la littérature d’aujourd’hui qui tourne beaucoup autour de l’autofiction (lire le texte de Jourde sur le sujet), je suis généralement assez friande de ce type d’écrits (Carrère, Ernaux, Blondel, etc.) mais là, il y a quelque chose qui m’a gênée, que je ne parviens à définir davantage à part ce sentiment malsain d’être voyeur.

J’ai lu ce livre très rapidement, et je n’en retiens pas grand chose. Si, ce sentiment de malaise et l’image d’une femme très courageuse, c’est déjà ça, peut-être.

Une lecture commune dans le cadre du club des lecteurs numériques. D’autres avis à découvrir sur le blog.

De Delphine De Vingan, j’ai lu No et moi et Les heures souterraines.

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Edit : après réflexions et lectures des commentaires, je sais ce qui me gêne dans ce livre, on assiste à sa psy en direct, ce n’est pas de la littérature et en même temps, on ose pas critiquer le texte car on ne peut que être touché par son histoire, on ne peut rester objectif. Je me suis sentie un peu “piégée”, je n’ai pas aimé.

 

Ici et là, des livres, des mots sur tout et rien. Et des livres, encore et toujours.

33 Comments

  • FaFa

    Je suis d’accord avec toi concernant ce voyeurisme. J’ai ressenti la même chose : j’étais mal à l’aise après la lecture de ce livre. Et je n’ai pas compris les différents coups de cœur de la blogosphère. Certes, il se lit facilement mais quelque chose est gênant.

  • AlterVorace

    Ce livre est dans ma PAL mais comme toi je recule un peu, j’en ai tellement entendu parler ces derniers mois que c’est comme si je m’étais lassée par avance. J’ai lu No et moi de cette auteure, j’avais trouvé cette lecture sympathique.

  • Laeti

    Je vais le recevoir d’ici peu… J’en avais entendu beaucoup de bien, mais effectivement, la frontière entre l’écriture comme thérapie pour l’auteur et le voyeurisme pour le lecteur est peut-être mince. Par curiosité, j’ai malgré tout hâte de le parcourir à mon tour!

  • Hélène Choco

    J’aime les livres très noirs (mais pas que!), qui me secouent, me remuent, me font réfléchir… Celui-ci fût un coup de coeur, je n’ai pas non plus ressenti le voyeurisme, mais j’étais peut-être conquise d’avance tant j’aime cet auteur. Donc… partiale! ;-)

  • Blanche De Castille

    Coucou chère Delphine,

    c’est intéressant cette analyse, et cette difficulté à mettre le doigt sur ce sentiment malaisé que tu as eu en le lisant.
    Je n’ai pas envie de lire ce bouquin pour l’instant, encore hier je voyais quelqu’un dans le métro avec. On verra plus tard!!

    Quand tu dis que tu l’as reçu en numérique, que veux-tu dire ? D’ailleurs, du coup, toi qui as essayé plusieurs liseuses, laquelle utilises-tu définitivement? Parce que j’en voudrais une, dans quelques mois…

    Bisous!

    • delphinesbooks

      Elle a raison de faire cette introspection nécessaire à sa survie mais de là à nous la faire partager, je ne sais pas si c’est nécessaire.

  • Morgane

    J’ai lu ce livre, et je l’ai commenté sur mon blog parce qu’il m’avait particulièrement plu.
    Je comprends bien le problème du voyeurisme ( qui moi ne m’a pas dérangé ) et qui est inhérent à l’autofiction à mes yeux et il me semble que l’intêret de ce genres de livres est justement de déranger, de montrer les drames que la vie de tous les jours et les gens de façon générale ignorent.

    En fait moi ça m’a beaucoup plu parce que ça m’a touchée personnellement et c’est vrai que tous les lecteurs ne peuvent pas être sensible aux mêmes choses. Et comme j’écris pour moi, ça m’a plu de voir la démarche de l’auteur et j’accorde plus de crédit à “Rien ne s’oppose à la nuit” qu’à “No est moi” qui a glissé sur moi sans m’atteindre.

    ce qui m’embête c’est que ton avis est fondé … et quand un livre m’a apporté tant de choses, tant d’émotions et de réflexion je voudrais que la Terre entière soit unanime à son sujet :)

    Bonnes prochaines lectures!
    Au plaisir de te lire.

    • delphinesbooks

      En fait, j’ai l’impression que quand on lit un tel livre, on ne peut pas se permettre de juger ses qualités littéraires car on est touché par le fonds et il est alors difficile d’avoir un regard objectif, en ça je me sens piégée face à un tel livre, je n’aime pas ça.

      • George

        c’est un peu le problème ! pourquoi ne pas émettre un jugement littéraire sur un tel roman ? c’est un roman, donc AUSSI une oeuvre littéraire, il doit donc pouvoir se plier à une analyse littéraire comme un autre !

  • valou

    il y a peut-être un peu de voyeurisme…on ne peut pas le nier…mais pour autant je pense que le coup de coeur des lecteur (notamment le mien)ne va pas uniquement pour l’histoire même, mais pour ce travail sur soi, vaincre un certain mal de vivre, cette incompréhension face à la disparition de la mère…en ce qui me concerne, ce travail de recherche et de quête d’une réponse m’a vraiment beaucoup intéressé…et une fois que j’avais débuté ce livre,je ne voulais savoir qu’une chose, comment elle a conclu cette quête…

    • delphinesbooks

      Le travail qu’elle fait est un travail très personnel, qu’on fait avec des thérapeutes, accompagnée, elle n’en parle d’ailleurs pas du tout…

  • quenotte

    Ce livre m’a été offert ,je le termine,il est difficile de dire j’ai aimé ou non vu le sujet abordé,mais j’ai trouvé que l’auteur décrit avec beaucoup de pudeur cette famille sans être glauque et je me suis dit que cette démarche va être une délivrance pour elle.

  • Joelle

    Bonjour, j’ai moi aussi reculé devant la lecture de ce livre, trop d’abattage médiatique sûrement, trop encensé, je n’arrive pas à me lancer; et je ne l’ai pas encore lu…..et le pire, c’est qu’il ne me fait pas envie. C’est peut-être dommage !

  • Carole

    J’avais beaucoup aimé Les Heures Souterraines. Je me suis ruée sur ce roman dès sa sortie et il m’a déçue, comme les autres lecteurs, je l’ai trouvée pitoyable d’expliquer à quel point l’écriture de ce livre l’usait… En plus, je venais de lire “Chagrins” de Lionnel DUROY, qui traite globalement du même sujet mais qui a beaucoup plus de force. Elle n’avait peut être pas assez digéré ou mûri son histoire personnelle avant d’en parler.

  • George

    voilà sans doute ce qui me retient dans la lecture de ce roman : être prise au piège par le sentiment. Je l’ai senti à travers les multiples billets lus sur ce roman, un truc qui me gêne, et que tu verbalise très bien (ça a l’air d’aller mieux au fait toi et l’écriture ;) ). Tu me connais et tu dois bien te douter que ce sentiment de voyeurisme et cet excès de sentiment risquent effectivement de me rendre assez critique aussi. Cependant je veux le lire, plus par curiosité que pas réel intérêt, histoire d’avoir enfin mon propre avis. Chapeau en tout cas pour l’une des seuls, voire la seule, a “osé” émettre un avis mitigé sur ce roman.

  • Bea de la Bloguie

    Je me le garde pour un peu plus tard, quand le “tapage” médiatique se sera vraiment calmé. Mais j’ai hâte de le lire… et puis, c’est idiot, mais j’aime beaucoup la couverture !
    Ton avis me donne encore plus envie de m’y mettre… mais patience, j’aime bien, des fois, avoir un bon train de retard ;-) !

  • Le Journal de Chrys

    Je ne me suis pas du tout sentie “voyeuse” en lisant ce texte. Mais vraiment pas. Peut-être parce que lorsque quelqu’un livre de sa propre intimité, cela ne me gêne pas ni ne me repousse. Pour moi, le voyeurisme se situe ailleurs.

  • ogressedeparis

    En effet ce livre est partout et les critiques élogieuses ont piqué ma curiosité. Mais je ne suis pas très friande de l’autofiction, justement pour le côté voyeuriste dont tu parles… Alors je ne sais pas trop …

  • Océane

    J’ai adoré ce récit, et loin de tout voyeurisme, il s’est plutôt agit d’un partage, à travers l’écriture, de sentiments et sensations universels. Ce que j’ai aimé c’est le traitement pudique justement, et l’écriture qui a fait une plaidoirie universaliste de ce qui aurait pu être un étalage glauque.

  • Asphodèle

    Malgré tous les billets élogieux que j’ai lus, ton avis est exactement la raison qui me fait reculer pour le lire ! Non pas que je critique la mise à nu (Annie Ernaux le fait aussi après tout !) mais peut-être la façon de le faire, en rendant le lecteur “obligé” d’aimer, d’être en empathie avec son discours… Et je n’aime pas être piégée non plus. Je le lirai certainement pour me faire mon avis quand j’aurai un peu oublié tout ce que j’en ai lu…^^

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