Littérature américaine

Le défi d’un play-boy – Graham Lynne (harlequin)

Et je ne parle pas des clichés, l’homme est italien, très très riche, diablement viril et séduisant, voire irrésistible, forcément il a les yeux “mordorés”. Il achète de belles robes extrêmement chères à cette femme, une montre en diamant même et ne comprend pas pourquoi elle lui résiste. Elle, c’est Cosette (enfin Gwenna), mal fagotée, avec un chien qui s’appelle Porky et elle ne s’intéresse qu’aux plantes (ah oui, elle est vierge), mais elle a les yeux “bleu porcelaine”.

Bref ils n’ont rien en commun mais sont attirés irrésistiblement l’un par l’autre. Il lui impose un accord (elle se prostitue pour sauver son père du divorce, voyez comme c’est glauque…), elle lui résiste tant qu’elle peut mais très vite, elle a le “feu aux joues” et là, patatra, tout est déjà trop tard.

Bref, je vous fais grâce de la suite de l’histoire où les mots “feu”, “capturer sa bouche” et (bizarrement) “fermeture Eclair” se répètent beaucoup car au final, ils s’aiment et elle a beaucoup plus d’argent que prévu, bah oui, ce n’est pas concevable qu’une pauvresse finisse vraiment avec un “prince charmant” (qui je le répète a payé cette femme pour l’obtenir…).

Bon, je ne sais pas si je suis tombée sur le pire ou juste sur la moyenne, mais voilà, je suis assez attérée, car je veux bien qu’on lise des livres à l’eau de rose, je peux comprendre (enfin tenter de comprendre), mais qu’on propose alors des livres respectueux de la femme, c’est possible non ?

En attendant, voici des chiffres hallucinants sur les éditions Harlequin.

En France
– Près de 9 millions de livres vendus en 2010 .
– Plus de 700 titres publiés chaque année.
– 1 livre Harlequin vendu toutes les 3 secondes.
– Près de 3,5 millions de lectrices.
– Un lectorat jeune : 50% des lectrices Harlequin ont entre 25 et 50 ans (près de 30% ont moins de 35 ans).

Vous vous demandez comment j’ai pu me retrouver à lire un tel livre ? Et bien, les éditions Harlequin mettaient 10 titres numériques à disposition gratuitement le jour de la Saint-Valentin (sic).  Et plutôt que continuer à critiquer ce type de lecture (déjà lu il y a fort longtemps), je me suis dit que j’allais en lire un pour voir (et puis peut-être pour rire aussi). Mal m’en a pris, ça a fait planter ma liseuse… (qui serait du coup bien snob on dirait), au final, je suis venue à bout de ce fichu play-boy (aux yeux mordorés je le rappelle)…. mais à quel prix ? je n’ai pas ri du tout.

Au final, je me demande dans quelle catégorie ce genre de livres peut se classer car ce n’est définitivement pas de la littérature…. Et puis surtout je me demande qui sont les lectrices (3.5 millions !).

Si vous voulez rire, allez lire le billet de meloe  et le

Ici et là, des livres, des mots sur tout et rien. Et des livres, encore et toujours.

24 Comments

  • Lili Galipette

    Ce que j’aime dans ce genre de bouquin, c’est que ça me sauve souvent des périodes où rien ne me plaît : je lis un Harlequin et hop, tout est meilleur après…
    En tout cas, j’aime mon article, il m’a vraiment fait rire. Et je comprends que tu sois outrée par la chosification de la femme.

  • Violette

    Tu n’as peut-être pas ri, mais moi si grâce à ton article! :)
    Je pense malheureusement que tous les Harlequin se ressemblent…

    Mais, toutes les 3 secondes??? Ce chiffre est déprimant…

  • Estellecalim

    Moi aussi j’ai beaucoup ri, surtout en voyant que tu avais lu un Harlequin. Comme tu le dis, je me suis demandé comment tu étais arrivé là ;)
    Par contre, je ne suis pas tout à fait d’accord avec Violette, et je peux t’affirmer que tu as malheureusement choisi la pire collection. Certes, c’est toujours pauvre du point de vue stylistique, toujours répétitif et les structures sont grosso modo les mêmes. Je dirais aussi, comme Lili, que tout parait de meilleur qualité ensuite (ou identique à du Harlequin, ça dépend). Mais les Historiques, ou la collection policier (qui n’était pas proposée dans cette offre) est quand même plus digeste, avec des femmes fortes qui mènent la danse :D
    Il y a aussi des romans nettement meilleurs dans les sorties biannuels des vacances et de noël.
    (Bon, il faut quand même mettre son cerveau en mode midinette, je te le confirme)

  • Lulu From Montmartre

    Figure toi qu’un de nos plus beaux fou rire en famille est du à un Harlequin. Je faisais des études littéraires et ma grand- mère, qui avait quitté l’école très jeune, ne lisait que des Harlequin. Un jour, je lui ai Piqué un bouquin et je l’ai lu à haute voix en mimant les scènes devant mon grand-père, complètement abasourdi par les lectures de sa femme, et mes cousins hilares. C’était il y a au moins 20 ans, mais la scène que tu décris et les mots employés étaient à peu de choses près les mêmes. Une prof de français m’avait expliqué qu’il existait des guides d’écriture pour ce type de littérature… Et c’est souvent bourré de fautes d’orthographe ! En attendant, je me suis fait un point d’honneur à choisir les livres de ma grand-mère, qui a continué les Harlequin mais à qui j’ai malgré tout fait découvrir d’autres types de littérature dite “légère”…

  • Carmadou

    L’autre jour nous avons entendu Jean-Paul Kauffman à la radio revenant sur sa période de captivité au Liban, 3 ans de captivité exactement. Au début aucun livre à disposition, aucune sortie,l’enfer et un jour un Harlequin entre les mains, il en parle comme d’un merveilleux souvenir de lecture avec le sourire maintenant…il eut droit aussi à la bible.
    Mais nous refusons à être confrontés à des situations aussi extrêmes et totalement inhumaines pour découvrir les plaisirs de cette “littérature” !

  • Laura

    Jamais lu de Harlequin par contre, quand j’étais ado, je lisais tout ce qui se trouvais chez mes parents. Et c’est ainsi qu’un jour, ce fut un SAS. Ca doit être l’équivalent Harlequin des messieurs je suppose, espionnage, sang, tuerie et sexe.
    J’ai lu des OSS 117 (j’adore l’espionnage et je ne résiste pas à un titre tel que “Moche coup à Moscou”) et là étonnamment, rien du coup, un chouia de séduction, de la testostérone, mais pas de scènes de fesse.

  • Quartier Livre

    J’adore ton billet… Je n’ai jamais lu d’Harlequin (et moi aussi je me demande comment ils arrivent à en vendre autant) mais grâce à ton (excellent) billet, je n’essaierai même pas ! Merci…
    J’ai adoré “les joues en feu”, les “yeux mordorés” ou “bleu porcelaine”…;)
    Quant à l’image de la femme dans ce genre de “littérature” : no comment !

  • Méloë

    C’est vrai que la trame de celui-ci est particulièrement glauque. J’ai lu pas mal d’Harlequin vers 14-15 ans et si c’était déjà tout aussi mauvais, ça ne me semblait pas aussi “dégradant”. Tout comme toi, je l’ai lu parce que c’était gratuit et puis dans le cadre d’une LC avec une amie c’est l’occasion de rigoler un bon coup.
    Merci pour le lien :)

  • patacaisse

    Je fais quand même la remarque que ce n’est pas parce qu’on lit ce genre de livres qu’on cautionne. Personnellement, j’en ai lu l’année dernière jusqu’à avoir une allergie (mais je suis comme ça, excessive ;-) ) et maintenant j’en reçois un par mois pour un partenariat et j’aime lire ces livres car je les trouve drôle dans leurs excès. Je me fais des trips avec le stabilo… Je n’aime pas les jugements, je ne trouve aucun intérêt à lire des histoires sur des vampires mais je me garderai bien de critiquer les lectrices. Chacun ses choix, l’essentiel est que chacune trouve ce qui lui plaise. (juste une info, c’est la collection spécial homme riche-séduisant-italien-auregarddebraise ;-) ). Je trouve que la collection “blanche” est encore moins objective (et donc d’autant plus drôle).

  • Nouar

    Ces éditions sont tellement pitoyables…
    Je ne sais pas ce qui est le plus triste, leurs “auteurs” ou les pauvres traducteurs qui se voient remettre cette chose entre les pattes.

  • helran

    Faut pas s eetonner que les cliches et ses cote degradant persisste… vu le nombre de nana ui les lient, c est a se demander si elles ne sont pas en plein dedans et le czutionnant.

  • DF

    Les Harlequinades en février? Argh (cri étouffé d’insoutenable douleur stoïquement contenue), j’ai loupé ça!

    Cela dit, il faudra que j’en attaque un, un de ces jours: de la maison Harlequin, j’ai surtout tapé dans la collection Red Dress Ink, qui garde le concept (les couples sont bien assortis à la fin) tout en l’habillant de jeunesse.

    Il est à noter que si les ventes sont bonnes, c’est aussi que la maison d’édition sait cibler ses publics: il y en a pour les jeunes, pour celles qui aiment les récits épicés, pour les aficionadas d’histoires d’hôpital, etc. Aux Etats-Unis, il existe même une collection “chrétienne”.

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