Littérature française

Regarde les lumières mon amour d’Annie Ernaux

20140920_101830 (1)Voilà une femme que j’admire beaucoup, pour ses idées et son écriture. Je connais très peu son oeuvre mais chaque livre lu m’a profondément marquée, à commencer par La place.

Si j’ai moins aimé Les années, j’ai été particulièrement et intimement touchée par L’autre fille.

Ici, c’est de son dernier texte dont il s’agit. Pas un roman, mais un journal, qui plus est le journal d’une année passée dans un centre commercial.

Dit comme ça, ça peut sembler sans intérêt et pourtant. Comme elle le dit si bien, en peu de mots mais d’une justesse incroyable, les supermarchés font parti de notre quotidien depuis quelques années maintenant, on y passe beaucoup de temps cependant ils restent très peu “étudiés” alors qu’ils permettent d’appréhender la société d’aujourd’hui, notre relation à la consommation. Ils sont un reflet de ce que nous sommes aujourd’hui.

Quand on y songe, il n’y a pas d’espace, public ou privé, où évoluent et se côtoient autant d’individus différents : par l’âge, les revenus, la culture, l’origine géographique et ethnique, le look. (…), tous ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans un Hypermarché ne connaissant pas la réalité sociale de la France d’aujourd’hui. L’Hypermarché comme grand rendez-vous humain, comme spectacle, je l’ai éprouvé à plusieurs reprises”

Loin d’être un panorama complet (son texte ne fait que 72 pages), elle cherche à faire une “capture impressionniste des choses et des gens, des atmosphères, un relevé libre d’observations, de sensations, pour tenter de saisir quelque chose de la vie qui se déroule là.” et elle y parvient très justement.

Elle évoque ainsi le temps si particulier du commerce, lié aux fêtes, l’éternellement recommencement. “Curieuse impression que le temps ici ne s’écoule pas, qu’il est un présent répété maintes et maintes fois. qu’il n’y a pas d’Histoire, même ma mémoire est muette.”

“Est-ce que venir dans le centre n’est pas une façon d’être admis au spectacle de la fête, de baigner réellement – non au travers d’un écran de télé – dans les lumières et l’abondance. De valoir autant que les choses. On peut, dans cet endroit, se sentir désorienté, mal à l’aise, mais jamais dégradé.”

J’ai encore une fois énormément apprécié son écriture qui se rapproche ici d’un travail sociologique. Annie Ernaux sait tellement bien être le témoin de notre époque.

Ici et là, des livres, des mots sur tout et rien. Et des livres, encore et toujours.

One Comment

  • George

    Acheté cet été et toujours en attente. Les critiques ont parfois été assez dures sur ce livre (le Masque notamment qui l’a passablement descendu), mais j’aime tant Annie Ernaux que je voulais me faire ma propre idée.

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