Documentaires et essais

Lire le monde de Michèle Petit

20141108_130853Lire rend le monde plus habitable…

Michèle Petit est anthropologue, spécialiste de la lecture. Elle travaille autour de trois axes :

  • Lecture, relation aux livres et aux bibliothèques.
  • La lecture dans des espaces en crise.
  • Rôle de la lecture dans la construction de soi.

J’ai déjà parlé de son précédent livre L’art de lire et j’avais forcément aimé aussi son livre lu avant le blog, Eloge de la lecture.

Dans ce livre, sous titré “Expériences de transmission culturelle aujourd’hui“, l’auteur revient sur l’importance de la lecture dans la (re)construction de soi, mais aussi sur le fait que la lecture est mise à mal aujourd’hui, parce qu’on nous demande sans cesse de prouver sa rentabilité immédiate alors même que justement la lecture et plus largement la culture ne peut être mesurée dans ces termes là.

L’auteur explique au début du livre à quoi ça sert de lire et montre l’importance des personnes en charge de la transmission de la lecture et plus largement de la culture, bibliothécaires, enseignants, médiateurs, qu’elle nomme tous passeurs de livres.

Le livre est émaillé d’expériences du monde et de citations qui m’ont toutes touchées à leur façon, j’ai passé mon temps à corner le livre.

Je me suis forcément reconnue de façon personnelle dans son ode à la lecture mais aussi de façon professionnelle lorsqu’elle évoque le rôle des bibliothèques et bibliothécaires. Même si je n’ai pas besoin d’être convaincue du bien fondé de ce que les bibliothèques font, cela fait toujours du bien de lire des expériences similaires et ce, à l’échelle du monde. Elle dit que la lecture est une comme une cabane, ce qui m’a fait penser au nom de la salle petite enfance de ma bibliothèque qui s’appelle donc la cabane. Elle évoque aussi une “chambre à soi” (Virginia Woolf) et elle cite Nuala O’Faolain que j’aime tant.

J’aime lire Michèle Petit car elle a vraiment à coeur de faire passer le plus simplement possible et en même temps avec beaucoup de conviction ce qu’elle observe depuis des années dans ses travaux de recherches, dans des situations parfois très extrêmes : la possibilité qu’offrent les histoires/la littérature de retrouver un espoir et de donner du sens.

Il y a tant à noter dans les mots de Michèle Petit :

“Lire et se souvenir de ses lectures ou de ses escapades culturelles, cela sert à projeter sur le quotidien un peu de beauté, à donner un arrière-plan poétique à sa vie, à ébaucher des histoires qui peut-être ne se réaliseront jamais, mais qui sont une part de soi-même.

“Ce qu’il s’agit de lire, par le détour des pages, c’est soi-même et ce monde”

“Ce que l’on constitue en lisant semble très proche de ce qu’on élabore au fil des voyages : une réserve sauvage et poétique que l’on pourra revisiter, quelquefois bien longtemps après.”

«Je te donne des chansons et des récits pour que tu te les redises pour traverser la nuit, pour que tu n’aies pas trop peur du noir et des ombres. Pour que tu puisses peu à peu te passer de moi, te penser comme un petit sujet distinct, puis élaborer les multiples séparations qu’il te faudra affronter. Je te livre des bribes de savoir et des fictions pour que tu sois à même de symboliser l’absence et d’affronter, autant que faire se peut, les grandes questions humaines, les mystères de la vie et de la mort, de la différence des sexe ; la peur de l’abandon, de l’inconnu, l’amour, la rivalité. Pour que tu écrives ta propre histoire entre les lignes lues »

“Tout au long de la route, et quelle que soit la culture qui les a vus naître, les humains ont soif de beauté, de sens, de pensée, d’appartenance. Ils ont besoin de figurations symboliques pour sortir du chaos. Et l’on se demande par quel tour de passe-passe on a pu réduire la littérature et l’art à des coquetteries de nantis ou les bibliothèques à de simples lieux d’ « accès à l’information ». Ce sont aussi des conservatoires de sens où l’on trouve des métaphores scientifiques qui mettent en ordre le monde qui nous entoure, et des métaphores littéraires, artistiques, issues du travail lent, en retrait, d’écrivains ou d’artistes ayant accompli un travail de transfiguration de leurs propres épreuves. Leurs oeuvres nourrissent les rêves, les pensées, les désirs, les conversations sur la vie, tout en amadouant les « bêtes énormes et inconnues » qui passent quelquefois mystérieusement près de nous.”

Un grand merci à Babelio et aux éditions Belin pour l’envoi de ce livre

 >>> un lien à lire !

Ici et là, des livres, des mots sur tout et rien. Et des livres, encore et toujours.

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