Documentaires et essais

Non coupables d’Aude Sécheret & Vincent Joly

Sous-titre : sortir des injonctions de la parentalité positive

Un livre qui montre à quel point la société actuelle met la pression sur les parents pour qu’ils répondent aux attentes fixées par des normes, voire même à des modes comme celle de la “parentalité positive “.

La parentalité positive et tous ses pseudos experts et autres coachs qui sortent des livres à la pelle, sans se baser forcément sur des études fiables et qui, sous couvert de conseils “bienveillants” livrent injonctions diverses et variées et imposent la vision d’un parent parfait totalement inaccessible.

Ce livre fait réaliser à quel point quand on lit ces livres, on ne peut que finir par se sentir un parent “nase” ou pas compétent car les recettes “miracles” qu’ils sont censés proposer ne sont au contraire pas réalisables, sont même parfois contradictoire d’une page à l’autre. De nombreux exemples sortis notamment des livres de Filliozat et autre “happy family” montrent bien ces contradictions.

Le livre permet également de voir à quel point la société met la pression aux parents notamment à travers la publicité. La société normative impose de plus en plus à nos enfants ses diktats et que c’est devenu compliqué de sortir des schémas imposés. Le rôle de l’école est également évoqué et là aussi les constats sont assez déprimants.

L’effet positif du livre, c’est de se sentir moins coupable de ne pas y arriver et de comprendre qu’il faut sortir de la course à la performance systématique, aux injonctions et aux jugements des autres. Je n’avais pas besoin d’un tel livre pour en être convaincue mais ça fait du bien de le lire. Il n’empêche que je fais partie de ces gens qui ont acheté beaucoup de ces livres de parentalité positive et qui ont toujours l’impression de ne pas faire “comme il faut” ou “pas assez” pour son enfant. Les auteurs évoquent Donald Winnicot et sa fameuse notion de “parents suffisamment bons” et finalement c’est ce que je retiens. Lire les vraies spécialistes de l’enfance, même s’ils datent un peu et que le monde a sérieusement muté, ce que les auteurs rappellent justement.

Le chapitre sur les violences éducatives est par contre très angoissant car il montre que si d’un côté la société impose la vision d’un parent “parfait”, de l’autre les violences sur les enfants ne cessent pas, bien au contraire.

A la lecture de ce livre, je me demandais d’ailleurs si ces livres sur la parentalité positive avaient autant d’impact que ça hors d’une certaine couche de la société “urbaine” et qu’au contraire dans la grande majorité on ne restait pas dans cette vision totalement opposée qui continue d’ériger les violences éducatives comme la norme.

Certaines pistes sont évoquées pour sortir de ces schémas et courses aux performances, c’est le retour à la notion de “village” et du “collectif”. Ici pas besoin d’être convaincue que c’est l’avenir…

Moi ce que je retiens de ce livre, c’est que nous vivons une époque en mutation permanente vraiment déstabilisante à tous les points de vue et que nous parents qui tentons de faire au mieux dans ce marasme et bah c’est déjà beaucoup. La remise en cause oui mais aussi la confiance en ses capacités de parents “suffisamment bons”, c’est bien ça qui compte.

Une lecture d’utilité publique qui aurait mérité davantage d’écho !

Les auteurs sont Aude Sécheret, traductrice spécialisée dans la littérature jeunesse et Vincent Joly, psychologue. Le livre est édité par les éditions Larousse et est sorti en octobre 2019

Ici et là, des livres, des mots sur tout et rien. Et des livres, encore et toujours.