Littérature

Le consentement de Vanessa Springora

Depuis tant d’années, je tourne en rond dans ma cage, mes rêves sont peuplés de meurtre et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre.

Il faut lire ce livre. Pour tenter de comprendre une époque, des faits inadmissibles. Pour rendre justice. Pour soutenir cette femme.

C’est un livre admirable car d’une très grande dignité. C’est un livre qui remet dans le contexte d’une époque, d’une situation familiale. L’auteure analyse les faits pour se réapproprier son histoire, histoire qui lui avait été dérobée. Elle est devenue l’un des personnages de ses œuvres durant de très longues années.

Je me surprends maintenant à le haïr de m’enfermer dans cette fiction perpétuellement en train de s’écrire, livre après livre, et à travers laquelle il se donnera toujours le beau rôle ; un fantasme entièrement verrouillé par son ego, et qui sera bientôt porté sur la place publique. Je ne supporte plus qu’il ait fait de la dissimulation et du mensonge une religion, de son travail d’écrivain un alibi par lequel justifier son addiction.

C’est un livre d’une grande intelligence et d’une très grande pudeur malgré le sujet. C’est un livre qui secoue car il nomme des faits que personnellement je ne connaissais pas et que personne n’a voulu voir (les nombreux soutiens dont cet auteur a bénéficié, on lit des noms comme Françoise Dolto ou Simone de Beauvoir).

J’étais en train de me volatiliser, de m’évaporer, de disparaître. Sensation atroce, comme un arrachement au règne des vivants, mais au ralenti. Une fuite de l’âme par tous les pores de la peau.

J’espère que ce livre va permettre à cette femme de continuer son chemin de réappropriation d’elle-même et qu’il en aidera d’autres à voir ce qui doit être vu et à ne plus ignorer ce qui ne peut être ignoré. Dire et redire les horreurs dont les hommes sont capables et devant lesquels on ne doit plus fermer les yeux.

En 2013, quand il (Gabriel Matzneff) a reçu le prix Renaudot, aucun journaliste littéraire, pas un seul, ne s’est interrogé sur le bien-fondé de cette récompense. La vie d’une adolescente anonyme n’est rien face au statut d’un écrivain.

Ici et là, des livres, des mots sur tout et rien. Et des livres, encore et toujours.

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