Littérature sud-américaine

Mario Vargas Llosa, un auteur péruvien ?

Les contradictions d’un écrivain

Ce Prix Nobel arrive au moment où je rentre du Pérou, un pays où l’empreinte de cet écrivain se fait sentir de manière très forte. Ses livres sont partout dans les librairies et plusieurs bibliothèques portent son nom.
De lui, j’ai lu Tours et détours de la vilaine fille, un des premiers livres à avoir été chroniqué ici. Et j”ai été fascinée par son écriture riche et dense.

Depuis je me suis intéressée à l’homme, et j’ai un petit peu déchanté. Il écrit des livres à consonance fortement sociale et humaniste, mais s’est présenté aux élections présidentielles en 1990 avec un programme fortement ancré à droite et avec des idées bien en désaccord avec ce qu’il avance dans ses romans. Suite à son échec, il a demandé la naturalisation espagnole.

Au retour du Pérou, à la lecture de Dans la forêt du miroir d’Alberto Manguel, juste avant l’annonce du prix, je lis avec beaucoup d’intérêts le chapitre qui lui est dédié dans son essai. Dans ce chapitre, Manguel essaye de comprendre comment un homme qui écrit si merveilleusement sur les problèmes de son pays liés aux mélanges culturels “imposés” peut prendre parti pour l’extinction des populations indigènes (!!) et quitter son pays quand il perd une élection.
Je cite les mots de Manguel
” Tandis que Vargas Llosa le politicien concluait son pacte avec le diable, Vargas Llosa le romancier continuait son dialogue avec l’Autre et, de la chronique des souffrance de ses frères humains, passait à la description de leur joie.”
Tout ça pour dire, que je ne connais bien évidemment pas assez son œuvre pour  dire qu’il ne mérite pas ce prix, mais qu’il n’y ai aucune polémique ou en tout cas que je ne lise que du consensuel à son égard me choque un petit peu.
Toujours les mêmes questions qui me hantent, peut-on séparer l’homme de l’œuvre ? L’artiste n’a pas t-il pas aussi une responsabilité sociale à assumer ?
J’avoue que je ne lirai plus ses livres avec le même regard. 

Edit du 12 octobre : un article intéressant sur actualitté.

Ici et là, des livres, des mots sur tout et rien. Et des livres, encore et toujours.

No Comments

  • Estellecalim

    Peut-être s’agit-il simplement d’une méconnaissance de sa personnalité publique. Comme tout ceci s’est passé au Pérou, les journalistes européens ne s’y sont pas intéressés, ou ont jugé qu’aucun média européen ne serait intéressé. Quoi qu’il en soit, c’est très intéressant ce que tu écris.

  • Marianne

    Ayant lu presque en même temps que toi le livre de Manguel, ses mots me sont revenus également en tête lorsque j’ai appris qu’il avait le Nobel et j’ai été étonnée que personne dans les médias ne parle de ça.

  • madimado.com

    Il y a un article qui en parle sur le site “Bibliobs”. C’est vrai que la personnalité de Vargas Llosa est trouble mais contrairement au Nobel de la paix, celui de littérature ne récompense pas un homme mais une oeuvre. La sienne le mérite sans doute, aussi bien par ses qualités littéraires que par son aspect social. Est-ce pour autant un choix judicieux, je n’en sais rien et il est certain qu’il faudrait au moins que la critique fasse son boulot et songe à se poser la question. En tout cas, merci pour cet article intéressant.

  • Anouchka

    Il est peut être difficile de séparer l’homme de l’auteur, pourtant il est nécessaire de le faire. Doit-on arrêter de lire Céline quand on sait qu’il était un antisémite convaincu ? Je ne pense pas. Si on regarde toutes les vies des artistes (écrivains, peintres, musiciens) tout n’est pas rose et certains ont fait des choses très limites. Mais l’oeuvre est là et c’est ce qu’il faut voir. Il faut séparer l’homme de l’oeuvre, c’est inévitable pour apprécier l’art, mais il faut aussi connaitre l’homme pour comprendre son oeuvre. Tout ça est très délicat.

  • La librivore

    C’est une question que je me pose aussi souvent. Mais lorsque je faisais mes études, j’avais une UV de littérature latino-américaine et au programme bien sûr Vargas LLosa. Ces livres m’ont bouleversée parce qu’il y décrit la lutte entre les pauvres et les latifundistes, et la profonde misère de tous les laissé pour compte. On ne poura jamais lui enlever cela. C’est son oeuvre qui a été récompensée. Après on peut être aussi un vieux con, il y a pas mal d’écrivains qui sont infréquentables, c’est peut-être d’ailleurs pour cela qu’ils écrivent. J’avoue que cela me gène aussi, j’aimerais qu’ils soient à l’égal de leurs livres. parfois des écrivains mineurs sont des êtres infiniment chaleureux.

  • Delphine

    @ La librivore : c’est justement cela que note Manguel : comment un auteur qui a su si bien décrire dans ses premières œuvres un des éléments fondateurs de son pays et au final, retourner complètement sa veste ?
    Cet auteur est donc un vrai mystère.

  • céline

    Je ne connaissais pas du tout les controverses autour de Mario Vargas Llosa en tant qu’homme et politique… C’est troublant en effet ! En tous cas je me suis réjouie de ce prix nobel car tous les romans que j’ai pu lire de lui m’ont passionnée. C’est étrange, ces écrits dégagent tant d’humanisme…

  • Ys

    Ces propos de Manguel sur Vargas Llosa me turlupinent toujours depuis que tu as posté un com’ sur mon blog. Est-il lui aussi un ennemi du récent prix Nobel ? C’est bizarre tous ces gens qui lui tombent dessus… c’est parce qu’il a le mauvais goût d’être de droite, ça fait tache dans le monde intellectuel et engagé (je précise quand même que j’ai moi-même le cœur à gauche). Il a commencé à soutenir Castro et finit par le critiquer ? Et alors ? C’est l’Eden Cuba ? N’y a-t-il pas d’éminents intellectuels français qui ont commencé par approuver le régime soviétique pour se rétracter ensuite en voyant la tournure que prenaient les choses ? Je préfèrerais Vargas Llosa en tant qu’homme s’il était de gauche, mais pour ce qui est de ses livres, je m’en fiche. ce qui compte, c’est ce qu’il écrit et c’est pour ça qu’il a eu le prix.

  • Delphine

    @ Ys : Manguel évoque les paradoxes de l’homme qui défend dans sa politique l’opposé de qu’il évoque dans ses livres. J’ai lu une interview récente de l’auteur qui dit qu’entrer en politique avait été une erreur de parcours et je trouve cela intéressant. Toujours cette question qui me turlupine : un Artiste peut-il être engagé politiquement (en tout cas à ce niveau) alors que son rôle est aussi de dénoncer ?
    Je ne connais pas la position de Manguel sur ce prix Nobel (l’essai date de 1998), mais il classe dans ses 100 livres préférés des livres de Vargas Llosa.

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